Le dragon, le cancer et le jeu vidéo

En lisant «jeu vidéo», ne pensez pas à un enfant se promenant avec un fusil pour détruire à coup de laser des cellules cancéreuses. 

Blogue_vie-numeriqueÇa pourrait être la pire idée pour un jeu vidéo. Après tout, qui pourrait bien vouloir d’un jeu tournant autour d’un enfant atteint du cancer? Ça pourrait être la pire idée, mais That Dragon, Cancer est tout sauf ça. C’est, au contraire, une aventure humaine touchante et remplie d’espoir.

Conçu par Ryan Green et son épouse Amy, That Dragon, Cancer raconte leur vie de famille avec Joel, à qui on a diagnostiqué un cancer du cerveau à l’âge d’un an.

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En lisant «jeu vidéo», ne pensez pas à un enfant se promenant avec un fusil pour détruire à coup de laser des cellules cancéreuses. Ce jeu est aux antipodes, composé d’une série de 14 vignettes parfois réalistes (lancer du pain à un canard), parfois oniriques (à la dérive sur une barque sans rame).

Les tâches à effectuer sont simples, pour laisser la place au récit et à la parole des parents.

Alors que la force d’un jeu vidéo est de bonifier l’émotion et de nous immerger dans l’histoire en nous faisant accomplir quelque chose, le plus puissant des tableaux de That Dragon, Cancer en est un qui mise plutôt sur l’impuissance.

Dans une chambre d’hôpital avec l’enfant en pleurs, on contrôle le personnage du père. Il peut se lever, il peut marcher dans la chambre, il peut aller à la fenêtre, mais aucune de ces actions n’a de conséquence. Il n’y a rien à faire. Rien d’autre que d’attendre que l’enfant se calme.

C’est une scène identique qui, dans la vraie vie, a inspiré à Ryan Green l’idée de transformer la vie avec Joel en jeu vidéo. Il voulait faire vivre à d’autres le sentiment de paix qui l’a envahi quand les pleurs se sont finalement calmés.

Green aurait pu faire un court-métrage, ou écrire un roman. Il a plutôt fait un jeu vidéo. Et pourquoi pas? Encore plus que dans les séries télé, c’est dans le monde du jeu vidéo que l’on explore de nouveaux territoires narratifs, qu’on essaie de nouvelles façons de raconter des histoires et de transmettre des émotions.

Le seul moment typiquement «jeu vidéo» est celui où, le temps d’une histoire racontée à son petit frère, on devient le chevalier Joel combattant un dragon.

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Mais c’est un combat qu’on ne peut pas gagner. Le dragon est impossible à tuer. La scène ne peut se terminer qu’avec la mort. Comme le jeu lui-même, puisque c’est ce qui est arrivé au vrai Joel, qui n’a pas survécu à sa quatrième année et est décédé en mars 2014.

That Dragon, Cancer est profondément autobiographique. L’histoire qu’on y raconte est celle de la famille Green, avec ses détails spécifiques comme un voyage en Californie, des crêpes et la foi en Dieu. Le jeu nous offre la «chance» de vivre à travers leurs yeux.

Pourquoi voudrait-on revivre ces terribles moments? Parce que ceux-ci sont, malgré tout, remplis d’espoir. Le vrai combat est moins contre le cancer que contre le doute et le refus. Le miracle que l’on attend n’est pas celui de la guérison, mais celui de l’acceptation.

That Dragon, Cancer n’est disponible qu’en anglais, en ligne ou sur Steam. Il se joue en un peu plus de deux heures. Gardez des mouchoirs proches.

Pour en savoir plus sur la création du jeu, je vous recommande cet épisode de l’excellente balado Reply All.

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