Le jeu vidéo mobile à grand déploiement s’impose à Montréal

Un vent de renouveau souffle sur le jeu vidéo mobile, qui ressemble de plus en plus à du jeu à grand déploiement sur console ou ordinateur. Et Montréal est bien placée pour en profiter.

Tirachard / Getty Images

On associe généralement le jeu mobile à des logiciels minimalistes, dont les graphiques sont simples et les mécaniques, faciles à comprendre. Des titres auxquels on joue distraitement d’une main en attendant l’autobus. Un autre genre commence toutefois à gagner en importance : le jeu mobile à grand déploiement, aussi appelé jeu mobile AAA, l’équivalent pour téléphones du jeu à grand déploiement (jeu AAA) que l’on trouve sur les ordinateurs et les consoles.

Alors que les jeux mobiles sont souvent conçus par de véritables développeurs-orchestres, qui portent plusieurs chapeaux à la fois, ce n’est pas le cas du jeu mobile à grand déploiement. « Pour moi, le jeu mobile AAA est un jeu où chaque facette doit être réalisée par des experts de leur profession, que l’on parle des effets spéciaux, des cinématiques, du jeu lui-même ou de la musique », estimait le PDG du studio montréalais de Square Enix, Patrick Naud, lors de la présentation « L’essor des expériences mobiles AAA », dans le cadre de l’événement du jeu vidéo MEGAMIGS 2021, à la mi-novembre.

Genshin Impact, du studio chinois miHoYo, incarne très bien cette nouvelle vague. Sorti il y a un peu plus d’un an, ce jeu de rôle d’action, qui rappelle la série Zelda de Nintendo, est d’une ampleur inégalée sur mobile. En téléchargement gratuit, il se finance avec des microtransactions optionnelles. Cela lui a permis d’engranger des revenus d’environ 3 à 4,5 milliards de dollars pendant ses 12 premiers mois, ce qui dépasse la performance de Fortnite à ses débuts.

La qualité de ces jeux est d’ailleurs telle qu’ils sont assez beaux et ambitieux pour être de plus en plus portés vers les consoles par la suite. Après une sortie initiale sur mobile et Windows en 2018, le jeu de course Asphalt 9: Legends, du studio Gameloft Montréal, a par exemple été lancé sur les consoles Nintendo Switch en 2020 et Xbox (One et Series X/S) au printemps.

L’évolution des téléphones intelligents vers des modèles plus gros et plus puissants au cours des dernières années permet aussi l’inverse : adapter des jeux pour consoles aux appareils mobiles. Le jeu de tir Call of Duty, notamment, est désormais doté d’une version pour téléphones et tablettes qui reprend plusieurs éléments du jeu standard (certaines cartes sur lesquelles les joueurs s’affrontent sont les mêmes).

Call of Duty Mobile a été téléchargé 300 millions de fois pendant sa première année. C’est sans commune mesure avec les jeux sur console, puisque cela dépasse le nombre de consoles Nintendo Switch, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One et Xbox Series X/S vendues dans le monde à ce jour. « Ils ont créé un jeu d’envergure qui reprend les concepts les plus importants de la franchise. Les amateurs ont donc embarqué », a analysé à la conférence MEGAMIGS 2021 Matthieu Dupont, directeur du studio Gameloft Montréal.

Les studios mobiles courtisent les artistes et développeurs

L’envergure des récents jeux mobiles et l’ampleur de leur succès — la majorité des revenus de l’industrie du jeu vidéo proviennent désormais du mobile — offrent finalement des arguments aux studios mobiles pour attirer de nouveaux talents, eux qui ont parfois été boudés par les artistes et développeurs, souvent plus intéressés par les jeux traditionnels.

Même si les équipes de développement de jeux mobiles sont de plus en plus grosses, elles sont généralement encore loin de celles pour consoles, par exemple. « Nos premières équipes pour les jeux de la série Go ne comptaient que de 8 à 15 personnes. Nous sommes plus de 40 sur le prochain jeu que nous allons dévoiler », explique Patrick Naud. Du côté de Gameloft Montreal, le récent Star Wars: Castaways, lancé en novembre sur Apple Arcade, a quant à lui nécessité une cinquantaine de travailleurs. Un jeu pour console à grand déploiement, comme ceux de la franchise Assassin’s Creed, peut demander jusqu’à près de 1 000 personnes.

Une plus petite équipe « permet à l’employé d’avoir un plus gros impact sur le produit », renchérit Matthieu Dupont. Pour ce dernier, l’importance du jeu mobile est aussi un facteur d’attrait. « Notre franchise Asphalt a été téléchargée plus d’un milliard de fois. On atteint un public beaucoup plus large que sur console », rappelle-t-il.

L’arrivée, au cours des prochaines années, d’une nouvelle génération de développeurs qui a grandi avec les versions mobiles de jeux comme Minecraft et Fortnite pourrait également changer la donne pour le recrutement.

Montréal bien placée pour en profiter

Montréal est depuis plusieurs années une plaque tournante du jeu vidéo à grand déploiement dans le monde. Pour les studios mobiles en quête de talents, la ville est donc le lieu idéal pour un nouveau pied-à-terre.

C’est d’ailleurs ce qui est arrivé le mois dernier, avec l’ouverture du premier studio étranger de miHoYo. « Montréal est une ville où l’on retrouve une riche communauté de développeurs de jeux ainsi que des universités reconnues partout dans le monde. Nous accordons une grande valeur à l’expertise et à la créativité de l’écosystème local qui, selon nous, inspireront miHoYo dans son processus de création de jeux », a déclaré Forrest Liu, cofondateur du studio derrière Genshin Impact.

« Plusieurs studios qui font du jeu mobile s’implantent à Montréal », confirme Philippe Valentine, de Montréal International, en entrevue avec L’actualité. La ville attire aussi des sous-traitants, qui font certaines parties des jeux pour de gros studios étrangers. « Au cours des 25 dernières années, on a généré un bassin de talents capable de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur de la production d’un jeu vidéo », rappelle-t-il.

Les studios de jeux mobiles qui pouvaient autrefois se contenter de quelques employés doivent désormais embaucher des experts dans tous les domaines, et chacun de ces experts peut être trouvé à Montréal.

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