Le «selfie stick» : un faux fléau dans les musées

De plus en plus de musées québécois interdisent la perche télescopique… même si aucun de leurs visiteurs n’en utilise.

Photo : R4vi/Flickr

Amateurs d’art, tremblez ! Un véritable fléau prend d’assaut galeries d’art et expositions : la perche télescopique. La situation est telle que la quasi-totalité des grands musées québécois bannit désormais son usage en leurs murs.
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L’appareil, mieux connu sous le nom de selfie stick, permet de tenir son téléphone intelligent loin de soi afin de prendre des photos — généralement de soi. Son utilisation a déjà été proscrite par le Musée des beaux-arts de Montréal, Pointe-à-Callière et le Musée d’art contemporain de Montréal. En mai, le Musée de la civilisation de Québec s’ajoutera également à cette liste, a appris L’actualité.

Quel est le problème ? La perche télescopique «gêne la circulation des gens», dit-on au Musée de la civilisation de Québec. Elle «menace la sécurité des artéfacts», explique-t-on à Pointe-à-Callière. Et les rires que suscite l’appareil farfelu «dérangent la contemplation», assure-t-on au Musée d’art contemporain de Montréal. Visiblement, ce bâton cause bien des soucis dans nos musées !

Eh bien, non.

De toutes les institutions mentionnées précédemment, seul le Musée des beaux-arts de Montréal a déjà eu des visiteurs équipés d’une perche télescopique. Personne n’a été blessé, aucune œuvre n’a été endommagée, et un gardien de sécurité a simplement demandé de ranger l’appareil.

«Ce n’était pas un problème généralisé, admet l’attachée de presse du Musée, Elisabeth Butikofer. Nous avons évalué la situation et avons interdit les perches pour des raisons de sécurité, comme nous l’avons déjà fait avec les trépieds. Mais les selfies (égoportraits) sont toujours permis !»

À Pointe-à-Calière, «nous n’avons jamais été en contact avec un visiteur qui utilisait ça, dit la directrice des communications, Claude-Sylvie Lemery. Nous avons décidé de l’interdire par mesure préventive, après avoir été contactés par les médias.»

Au début de 2015, plusieurs grands musées ont proscrit les perches télescopiques, dont le Louvre (à Paris), la National Gallery (à Londres) et le Metropolitan Museum of Art (à New York). La nouvelle a fait les manchettes aux quatre coins du monde, parfois sérieusement, parfois moins, y compris au Québec.

Bien plus que les perches télescopiques, ce sont les articles et les appels des reporters qui ont poussé les musées d’ici à agir. En d’autres mots, l’interdiction des perches télescopiques au Québec est la conséquence d’un phénomène… médiatique.

Cette réaction disproportionnée à un problème qui n’existe pas déçoit l’inventeur du selfie stick, le Canadien Wayne Fromm. «La plupart des photographes sont prudents, et ils ne devraient pas être pénalisés par de tels règlements trop larges», dit-il.

L’entrepreneur est le premier à conseiller de ne pas utiliser sa création dans des espaces restreints ou bondés ; il y a même un avertissement à ce sujet sur ses produits, commercialisés sous le nom de Quik Pod. Pourquoi ne pas faire confiance aux gens et intervenir uniquement en cas de problème ? demande-t-il.

C’est la voie choisie par le Musée national des beaux-arts du Québec, où l’usage de la perche télescopique n’est «pas assez répandu pour que nous ayons jugé utile d’encadrer la pratique», explique la responsable des relations de presse, Linda Tremblay. Un gardien de salle avertit tout simplement les gens qui dérangent les visiteurs ou menacent les œuvres — avec ou sans perche.

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À propos de Marc-André Sabourin

Journaliste indépendant, Marc-André Sabourin collabore à L’actualité depuis cinq ans, où il écrit régulièrement sur la technologie et l’entrepreneuriat. Il est coauteur du livre Dans les coulisses d’Enquête et siège au Conseil de presse du Québec. On peut le suivre sur Twitter : @MA_Sabourin.

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