Le Web parallèle de l’alt-right

La droite alternative a créé des réseaux de rechange aux Twitter, Patreon et Kickstarter, accusés de parti pris gauchiste. Et l’idée d’un « Google de droite » circule.

Une capture d’écran du réseau social pour la droite alternative Gab.

Une onde de choc traverse cette semaine la Silicon Valley, avec la publication d’une note controversée, rédigée par un employé de Google (aujourd’hui congédié) au sujet de la représentativité hommes-femmes dans l’entreprise.

Cette crise attise une lutte qui prend forme depuis plusieurs mois entre le mouvement de la droite alternative américaine (alt-right) et les grandes sociétés technos, ce qui pourrait contribuer à la prolifération d’un Web parallèle, conçu pour et par ceux qui perçoivent un parti pris gauchiste dans les sites populaires actuels.

Très active aux États-Unis, la droite alternative est une mouvance aux accents d’extrême droite qui rejette le conservatisme traditionnel pour embrasser un nationalisme blanc, mêlant racisme et populisme. Le renvoi par Google de l’auteur du manifeste « antidiversité » de 10 pages, James Damore, s’ajoute à plusieurs autres affrontements récents entre ce mouvement et la Silicon Valley.

Au printemps, le système de paiement en ligne PayPal a notamment limité les comptes de personnalités associées à la droite alternative, puisque sa licence d’utilisation ne permet pas d’utiliser le service pour des activités promouvant « la haine, la violence et l’intolérance raciale ».

Plus récemment, le service de location de logements AirBnb a aussi banni de son site des utilisateurs qui tentaient de se rendre à une activité de suprémacistes blancs, tandis que les nouvelles règles d’utilisation de YouTube, qui veut restreindre les contenus religieux ou suprémacistes, ont fait sourciller les sites comme Breitbart et InfoWars.

Un Web parallèle existe déjà

L’existence du parti pris « libéral » de la Silicon Valley tel que perçu par la droite alternative doit encore être démontrée. Même si le discours officiel des entreprises technos prône l’ouverture et la diversité, leur intérêt pour la dérégulation et les allégements fiscaux en vue du rapatriement de fonds possédés à l’étranger ne résonne pas non plus avec des idéaux gauchistes. Qu’à cela ne tienne, certains entrepreneurs ont déjà commencé à proposer des solutions de rechange aux sites populaires.

Le site Hatreon permet par exemple de financer d’une façon récurrente des personnalités du Web, à la manière du site de financement participatif Patreon, qui a chassé certains utilisateurs controversés au cours des derniers mois. Dans ses lignes directrices destinées à ses utilisateurs, Hatreon affirme clairement que la situation de Patreon ne se produira pas avec elle. « Les discours haineux sont des discours protégés. […] Le site soutient la liberté d’expression absolue et compte protéger les intérêts de ses créateurs contre les menaces de l’État et des entreprises », peut-on y lire.

Le réseau social Gab se présente pour sa part comme une solution de rechange à Twitter. James Damore y est d’ailleurs perçu comme un héros, et son PDG, Andrew Torba, a publié mercredi son propre manifeste, où il lance l’idée d’une « révolution techno alternative » (Alt Tech Revolution), une réponse de la droite alternative à la Silicon Valley.

RootBocks, lancé le mois dernier, permet pour sa part de financer des projets à la Kickstarter, mais « sans censure » et « sans limites ».

À quand un Google alternatif ?

La droite alternative appelle maintenant au boycottage de Google depuis le congédiement de son employé. Parmi les solutions de rechange mises de l’avant, certains proposent notamment Bing, le moteur de recherche de Microsoft, et DuckDuckGo, un moteur anonyme et indépendant.

Des employés de Google ont aussi été victimes de harcèlement au cours des derniers jours, ce qui a d’ailleurs forcé l’entreprise à annuler une importante réunion jeudi soir.

Les partisans de l’Alt Tech Revolution iront-ils jusqu’à créer un Google conçu spécifiquement pour la droite alternative ? Un moteur de recherche dont l’algorithme privilégierait les « faits alternatifs », confirmerait les théories conspirationnistes et ignorerait les médias traditionnels dits tendancieux ?

Cette idée, qui circule déjà, risquerait non seulement d’empirer le problème des fausses nouvelles qui ronge actuellement le Web, mais aussi d’approfondir le gouffre idéologique qui sépare déjà des segments d’une population de plus en plus divisée.

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La multiplication des canaux de diffusion est une bénédiction pour la liberté d’expression. Tout l’inverse de ce que recherche la vague pour ne pas dire le tsunami de censure qui frappe l’occident.

Mes sympathies à l’employé de Google qui a rédigé un mémo bien documenté, reposant sur la science, écrit dans le respect, appelant à la diversité, à l’ouverture et au débat. La bonne nouvelle étant qu’il était un très bon employé et qu’il est déjà sollicité par de nombreux employeurs.

L’employé de Google ne se retrouve pas devant les tribunaux, accusé de discrimination.

Google est aussi libre d’employer ou de congédier une personne pour ses idées que l’employé est libre d’écrire le texte. Chacun doit vivre avec les conséquences de leurs gestes.

«L’existence du biais «libéral» de la Silicon Valley tel que perçu par la droite alternative doit encore être démontrée.»

Vous vous foutez quand même royalement de vos lecteurs. Hillary Clinton a été soutenue par la totalité de la Silicon Valley, à l’exception de Peter Thiel.

1. James Damore ne fait pas partie de l’alt right. Un simple visionnage de son interview avec Jordan Peterson sur YouTube permet de le démontrer.

2. L’alt right n’est pas un groupe suprémaciste. C’est un mouvement en réponse au grand replacement et à la mondialisation, pronant une ségrégation entre les ethnies dans le but de conserver leurs différences. Personne au sein de l’alt right ne nie la supériorité des peuples d’Asie du Sud est en matière de QI, par exemple. Écoutez Jared Taylor et Richard Spencer au lieu de dire des âneries.

Des âneries? Et vous vous permettez de mentionner Richard Spencer dans la même phrase? Beau troll que vous êtes…

Votre réponse est du type « le husky n’est pas un chien, mais un loup qui a évolué. »

Vouloir absolument séparer les ethnies, c’est du suprémacisme. Et la justification du QI asiatique est un moyen de vous donner bonne conscience.

L’idéologie de l’alt-right est passablement semblable à l’idéologie fasciste des années 20 et 30 et qui a mené à la guerre de 1939. Par exemple, si on se replace dans les années 20 et la montée du nazisme en Allemagne, on remarque que les idéologies se ressemblent étrangement. Les Allemands ne s’attendaient pas du tout au tournant qu’a pris leur histoire après que les nazis aient pris le pouvoir – la montée de ce mouvement national-socialiste se fit plutôt en douce avant les grands dérapages des années 30.

Ce genre d’idéologie s’infiltre insidieusement dans la réalité quotidienne, surtout quand un leader politique, voire un président, l’embrasse. C’est un peu comme le supplice de la goutte: on ne se rend pas compte que la situation devient désespérée avant que ça fasse réellement mal et qu’il soit trop tard. La série The Handmaid’s Tale (la Servante écarlate) montre jusqu’à quel point une telle idéologie peut devenir rapidement la réalité.

Mon oncle est mort en 1942 en combattant le nazisme et je ne veux pas que sa mort soit en vain et que l’hydre nazie se relève de ses cendres. Il incombe à chacun d’entre nous de dénoncer cette idéologie fasciste où qu’elle soit.

Les mouvances « politically correct » et féministes s’apparentent de plus en plus à de nouvelles religions, mais sans dieux. Elles provoquent une certaine censure et l’identification des non-croyants à des mécréants qu’on doit faire taire.
Lorsqu’un employé de Google mentionne qu’il y a moins de femmes en informatique à cause de différences biologiques, on le crucifie sur tous les réseaux sociaux politically corrects. A-t-il raison ou tort? Je ne saurais le dire, mais il a raison sur le fait qu’il y a des différences fondamentales entre les sexes.
Est-ce que notre prochain cheval de bataille chez les groupes scientifiques sceptiques sera la critique de cette tendance pseudo-religieuse et idéologique politically correcte?

Quant aux discours haineux, l’identification d’un discours comme haineux dépend beaucoup de la sensibilité de celui ou celle qui le reçoit. Pour un musulman, par exemple, une simple caricature du prophète sera vue comme haineuse, alors qu’on laissera passer toutes sortes de caricatures du Christ sans broncher. Avec certaines croyances de type idéologique, le simple fait de les remettre en question pourra être vu comme haineux. Le mémo de l’employé de Google exprimait son opinion. Il n’était pas haineux, mais il a touché à la sensibilité des groupes féministes.
Mentionnons finalement que les discours véritablement haineux sont encore acceptés au Québec lorsqu’ils sont promus par des groupes religieux, ce qui est à mon avis tout à fait inacceptable. « Cet alinéa (319 (3) b du Code) interdit de condamner les croyants religieux qui font de la propagande haineuse contre des groupes identifiables. » http://assohum.org/Media/QH/QHVol12nu2.pdf

Il ne faut pas confondre une opinion avec le texte du Code criminel :

319 (1) Quiconque, par la communication de déclarations en un endroit public, incite à la haine contre un groupe identifiable, lorsqu’une telle incitation est susceptible d’entraîner une violation de la paix, est coupable :
….
(3) Nul ne peut être déclaré coupable d’une infraction prévue au paragraphe (2) dans les cas suivants :

b) il a, de bonne foi, exprimé une opinion sur un sujet religieux ou tenté d’en établir le bien-fondé par discussion;

Exprimer des opinions racistes, islamophobes, ce n’est pas un crime. Le crime est d’inciter à la haine susceptible d’entraîner à une violation de la paix.

http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-46/section-319-20030101.html