Les bibliothèques au cœur de la ville intelligente ?

Vous êtes inquiet de savoir comment seront utilisées les quantités d’informations personnelles que pourront recueillir les villes intelligentes sur votre compte ? Peut-être seront-elles gérées par un « dépôt public de données », en l’occurrence, votre bibliothèque.

Photo : Metamorworks / Getty Images

Les villes intelligentes de demain accumuleront quotidiennement des quantités faramineuses d’informations sur les gens qui y vivent, comme les chemins qu’ils empruntent tous les jours et même leur humeur selon les quartiers qu’ils visitent. Alors que bon nombre d’observateurs hésitent — avec raison — à laisser la gestion de ces données au secteur privé, une idée originale commence à gagner en popularité en Ontario : les confier aux bibliothèques municipales.

La ville de Toronto devrait voir pousser d’ici quelques années l’une des zones les plus connectées dans le monde. Les plans de l’entreprise Sidewalk Labs (une société d’Alphabet, aussi propriétaire de Google), qui s’est associée à l’organisme Waterfront Toronto pour moderniser le quartier Quayside, semblent tout droit sortis d’un livre de science-fiction. Les résidants y seront suivis à la trace pour optimiser l’offre de transport, des infrastructures souterraines permettront la livraison robotisée de marchandises, et des ampoules DEL dans la chaussée moduleront la taille des pistes cyclables en fonction de la demande.

Malgré toutes ces initiatives prometteuses, le projet de Sidewalk Labs soulève des craintes. Que fera l’entreprise avec les informations accumulées ? Est-ce que les gens pourront exiger que leurs données soient effacées ? Et à qui appartiendront-elles exactement ? Beaucoup n’ont guère envie de remettre les clés de leur maison au privé, et de nombreuses personnes ne sont pas plus ravies à l’idée de confier à l’État les données les concernant.

Sentant la soupe chaude, Sidewalk Labs propose de déléguer la gestion des informations à un « dépôt public de données » indépendant. Cet organisme déterminerait de quelle manière entreposer les informations, comment s’assurer qu’elles restent anonymes, qui y aurait accès et sous quelles conditions.

La création d’une nouvelle entité pourrait toutefois être inutile. Ainsi que l’ont fait remarquer la Chambre de commerce de la région de Toronto et le Centre pour la liberté d’expression de l’Université Ryerson (CFE), notamment, les réseaux de bibliothèques publiques sont déjà tout indiqués pour une telle tâche.

Les bibliothèques publiques « ont des siècles d’expérience en matière d’organisation des informations selon des systèmes de classification universellement acceptés », explique le CFE dans une note publiée sur son site Web. Les bibliothèques ont la confiance de leurs usagers, elles sont redevables à la population et ont une histoire riche relativement à l’entreposage de l’information. La gestion des données des habitants ne serait que l’extension moderne du mandat de ces établissements. La Chambre de commerce de la région de Toronto ajoute pour sa part que l’application des règlements, y compris la possibilité de remettre des amendes, pourrait quant à elle revenir au commissaire à l’information et à la protection de la vie privée de l’Ontario.

On commence à peine à prendre conscience de l’ampleur du travail à accomplir quant à la gestion des données personnelles qu’entraîneront les villes intelligentes. L’arrivée de Sidewalk Labs force l’Ontario à tracer le chemin, mais le Québec ne sera pas loin derrière. La poussée des villes connectées est après tout un phénomène planétaire. Qu’elle soit retenue ou non, l’idée de moderniser les bibliothèques pour l’ère des mégadonnées publiques mérite que les Québécois y réfléchissent aussi.

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