Les commerçants québécois disent merci à la technologie

De nouveaux outils technologiques adaptés à la distanciation physique permettent aux commerçants québécois de rehausser leur offre en ligne afin d’éponger les pertes dues à la crise.

Crédit : L'actualité

Quand le gouvernement québécois a forcé la fermeture des commerces non essentiels, en mars, la boutique d’artisanat Articho a perdu pratiquement toutes ses entrées d’argent du jour au lendemain. Comme plusieurs autres, l’entreprise montréalaise avait un site Web mais ne vendait pas ses produits en ligne.

« C’était dans les plans de lancer un site transactionnel, mais il y avait toujours d’autres choses plus urgentes à faire. J’avais aussi prévu sous-traiter le site, alors c’était un gros investissement », explique Claudia Gravel, la propriétaire de ce commerce du quartier Villeray. Comme pour plusieurs autres entrepreneurs, la pandémie a bouleversé ses plans. « J’avais du temps et un peu d’expérience, alors j’ai décidé de le faire moi-même. » Une semaine — et plusieurs tutoriels — plus tard, Articho était une véritable boutique en ligne, offrant plus d’une centaine de produits créés par des artisans québécois.

Claudia Gravel n’a eu qu’à investir du temps pour créer son site transactionnel. Elle doit payer des frais mensuels minimes, notamment à la plateforme technologique Shopify, qu’elle a utilisée pour réaliser le site, et à l’agence Synergie Communication Web, qui s’assure que son inventaire en ligne corresponde aux stocks en magasin. Pourtant, il y a quelques années seulement, un site comme Articho.ca aurait coûté plusieurs milliers de dollars à produire.

Des services qui s’adaptent à la crise

Une véritable industrie s’est développée au cours de la dernière décennie afin d’aider les commerçants à effectuer leur virage numérique, et ainsi offrir un contrepoids local aux géants comme Amazon. Ces plateformes Web, comme Shopify et Lightspeed — dont les bureaux sont respectivement situés à Ottawa et à Montréal — , conviennent autant à la brûlerie qui souhaite vendre et livrer du café dans son quartier qu’au manufacturier espérant rejoindre des clients de partout dans le monde. Et au cours des derniers mois, plusieurs des services technologiques offerts aux entrepreneurs ont rapidement été adaptés pour les aider à faire face à la crise.

« Nous avons revu notre feuille de route pour prioriser le développement d’outils qui ont de gros impacts pour les entrepreneurs, notamment ceux qui ne font habituellement pas de commerce électronique », a expliqué mercredi Agatha Krajewski, directrice de produits chez Shopify, lors de la conférence annuelle Reunite de l’entreprise, qui annonce ses nouveautés. Avec plus d’un million de commerces à son actif, Shopify est la plus importante plateforme du genre au monde.

Ces plateformes offrent aussi des services plus spécialisés. Au cours de la dernière année, Shopify a par exemple mis en place un réseau de distribution avec entrepôts robotisés partout aux États-Unis, ce qui permet de décharger les marchands de tâches comme l’entreposage, l’emballage et la livraison. Lightspeed permet pour sa part à ses clients restaurateurs d’optimiser leurs menus pour la livraison, et de les publier en même temps sur des applications comme Uber Eats et Doordash.

Parmi les nouveautés lancées ou sur le point de l’être par Shopify, on note un gabarit express pour créer un site en quelques minutes ainsi qu’une fonctionnalité permettant aux clients d’ajouter un pourboire. Shopify offre désormais la livraison locale, qui peut être gratuite dans un rayon de quelques kilomètres. Elle propose aussi un logiciel gratuit afin que les commerçants puissent assurer efficacement les livraisons notamment grâce à des trajets optimisés et à des notifications aux clients. Des technologies du genre existaient avant la COVID-19, mais auraient été difficiles à adopter pour un fleuriste du coin, par exemple.

Tout au long de la crise, la Montréalaise Lightspeed s’est elle aussi adaptée à la pandémie, notamment en bonifiant son site Web pour donner des conseils aux entrepreneurs et en offrant l’utilisation de cartes de fidélité en ligne. « On a accéléré le développement de tout ce qui est numérique », dit le président de l’entreprise, JP Chauvet. Au moment d’écrire ces lignes, Lightspeed était d’ailleurs à la recherche de 70 développeurs Web pour répondre à la demande.

L’entreprise a aussi annoncé le 21 mai la mise en place d’un partenariat avec le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), ce qui permettra aux commerçants québécois de profiter de ses services gratuitement pendant trois mois (incluant de l’aide pour créer les sites Web), en plus d’avoir accès aux conseils de l’organisme quant à leur transition numérique.

Un site n’est que le premier pas

Les outils technologiques permettent de transformer une boutique physique en commerce électronique plus rapidement que jamais. Mais une simple présence en ligne n’est pas suffisante pour effectuer une véritable transition numérique et récupérer les pertes causées par le confinement.

Un commerçant doit publier une mise à jour sur sa page Facebook et enregistrer son site sur des plateformes de promotion gratuites comme le Panier bleu. Il doit aussi apprendre à investir efficacement en ligne pour acquérir une nouvelle clientèle, en achetant par exemple des mots clé efficaces et en ciblant les bons utilisateurs sur les réseaux sociaux ou dans les médias. « Le monde en ligne est dominé par les données. Les commerçants doivent apprendre à les utiliser pour se développer », résume JP Chauvet.

La crise force aussi certains entrepreneurs à se réinventer. Plusieurs distributeurs québécois spécialisés dans la vente en gros, comme les Pêcheries Norref, de Montréal, se sont par exemple adaptés en offrant également leurs services aux particuliers.

Autre exemple d’adaptation : en plus de ses repas à emporter, le restaurant Moccione à Montréal offre quant à lui une nouvelle épicerie en ligne pour vendre des pâtes fraîches ou de la sauce tomate maison, entre autres produits. « Ça fonctionne très bien, et ça devrait nous permettre de traverser la crise », estime le chef du restaurant, Luca Cianciuli, qui songe d’ailleurs à conserver la formule après la pandémie.

C’est la copropriétaire du Moccione, Maxime Landry, qui a fait le site elle-même avec la plateforme Squarespace. « Elle a vraiment fait un beau travail. Il y a même des restaurants qui nous demandent chez qui on a fait faire notre site », raconte Luca Cianciulli.

Pour sa part, Claudia Gravel a continué de mettre à jour la vitrine de son magasin pendant la crise, en plus d’y annoncer son nouveau site, ce qui lui a permis de retrouver une partie de sa clientèle existante. L’entrepreneure s’attend d’ailleurs à amasser environ le tiers de ses revenus en mai, par rapport à l’année dernière, grâce à son site. « La prochaine étape sera de trouver un public plus large, au-delà du quartier », note-t-elle. 

Pour les commerçants québécois, ce sera le principal défi des prochains mois, selon Claudia Gravel. « Il faut permettre aux Québécois d’encourager les boutiques locales plutôt qu’Amazon. Parce que si on ne prend pas la place, quelqu’un va la prendre pour nous ».

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