Les géants technos vous écoutent

Ce que vous dites à votre haut-parleur intelligent dans votre intimité est non seulement sauvegardé dans les serveurs d’Amazon, d’Apple et de Google, mais vos paroles sont aussi parfois écoutées par des employés de ces entreprises, explique notre chroniqueur techno Maxime Johnson.

Photo: La Presse canadienne

« Alexa, quelle est la météo ? » Demandez la température à un haut-parleur intelligent, comme l’Echo d’Amazon, le HomePod d’Apple et le Home de Google, et celui-ci risque fort de vous répondre correctement. Il arrive toutefois que la reconnaissance vocale se trompe ou ne comprenne tout simplement pas la demande.

Pour éviter que cela ne se reproduise, les entreprises qui créent ces logiciels doivent alors écouter, transcrire et annoter ce qui a été dit, afin d’amener leur système à reconnaître cette demande la prochaine fois. Cette écoute est réalisée par des employés en chair et en os, a révélé mercredi une enquête de Bloomberg.

L’article de Bloomberg touche surtout Alexa, d’Amazon, mais le modus operandi est le même pour toutes les entreprises qui utilisent la reconnaissance vocale. Les systèmes d’intelligence artificielle doivent après tout être entraînés à la base par des humains. Chez Amazon, l’écoute serait effectuée par des employés et des contractants situés à Boston, au Costa Rica, en Inde et en Roumanie, divulgue Bloomberg.

Tant Amazon qu’Apple et Google admettent que des humains font partie de l’équation. Les employés à l’écoute n’auraient toutefois pas accès aux informations personnelles de ceux qui parlent, puisque les données sont anonymisées.

Toutes les données ne sont pas anonymisées également

L’anonymisation fonctionne différemment chez les trois principales entreprises qui comptent des assistants vocaux. Du lot, Apple offre la meilleure technologie pour ceux qui sont soucieux de leur vie privée. En effet, la société n’associe jamais ces enregistrements audios à l’utilisateur lui-même. L’anonymat est total, et les enregistrements sont supprimés des serveurs après six mois.

Google arrive en deuxième place. Les enregistrements sur ses serveurs sont associés aux utilisateurs (il est d’ailleurs possible d’écouter — et d’effacer — tout ce que l’entreprise possède sur nous), mais les employés qui écoutent des enregistrements reçoivent des fichiers sans savoir à quel compte ceux-ci sont combinés. Le son est aussi déformé, pour qu’on ne puisse pas reconnaître quelqu’un par sa voix (une mesure de sécurité intéressante en cas de fuite, par exemple).

Amazon gère l’anonymisation des données à peu près de la même façon que Google. La voix dans les fichiers audios envoyés à ses employés n’est toutefois pas modifiée. Notons qu’Amazon permet également d’effacer ses enregistrements dans les paramètres de l’application mobile Amazon Alexa.

Faut-il s’en inquiéter ?

L’enquête de Bloomberg ne révèle rien d’étonnant si on connaît les bases de l’apprentissage machine qui est utilisé pour créer ces systèmes d’intelligence artificielle. Dans un cours sur l’intelligence artificielle destiné aux jeunes de 3e année organisé la semaine dernière à Montréal, l’un des fondements expliqués était justement que ces systèmes ne fonctionnent pas d’une façon magique, et que ce sont des humains qui les entraînent à la base.

L’article brosse néanmoins un portrait peu élogieux du travail accompli, en mentionnant par exemple que les fichiers sont souvent partagés entre les employés qui les écoutent et que du contenu parfois troublant peut être entendu.

La confirmation que des humains sont à l’écoute lorsqu’on parle à l’assistant vocal de notre téléphone, de notre écran connecté ou de notre haut-parleur intelligent risque d’en troubler beaucoup. Comme c’est souvent le cas, le degré d’indignation devrait varier selon l’importance que les gens accordent à leur vie privée.

Ceux qui refusent d’utiliser un haut-parleur intelligent seront encore plus fermes dans leurs convictions. Ceux qui publient des photos de leurs enfants sur Facebook et qui laissent Google sauvegarder chacun de leurs déplacements continueront quant à eux de croire que les avantages de ces services justifient les accrocs à la protection de leur vie privée.

S’il faut se fier à l’histoire récente, il y a fort à parier que le deuxième camp sera le plus nombreux, et que la popularité des assistants vocaux continuera de croître, du moins jusqu’à l’éclatement du prochain scandale.

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1 commentaire
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Personnellement, je ne me sens pas violé dans mon intimité. J’ai l’impression que tant et aussi longtemps qu’on fait un usage normal de l’appareil, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.