Les oreilles de Facebook

Une rumeur selon laquelle Facebook écoute ses utilisateurs pour leur présenter des publicités ciblées ne veut pas mourir. Et l’entreprise n’a qu’elle-même à blâmer pour le malentendu.

Photo : Adri Berger / Getty Images

Vous l’avez peut-être déjà vécu. Vous mentionnez au souper vouloir vous remettre au badminton. Vous n’avez pas vu de volant depuis l’école secondaire. Vous n’avez pas visité de gymnase depuis que le fluo a passé de mode (la première fois). Et vous n’avez jamais, mais alors là jamais, recherché quoi que ce soit sur votre ordinateur ou votre téléphone concernant ce sport. Pourtant, le lendemain, une toute nouvelle publicité pour une raquette apparaît dans vos fils Facebook et Instagram…

Pour bien des gens, il n’y a qu’une explication possible : Facebook écoute ses utilisateurs par le microphone de leur téléphone, décortique leurs conversations et vend les informations obtenues au premier annonceur intéressé.

Cette rumeur circule depuis des années maintenant. Et pas seulement chez les adeptes des théories du complot. Des professeurs d’université, des chercheurs et des journalistes sérieux se demandent s’il n’y a pas du vrai dans ces allégations.

L’entreprise les réfute pourtant régulièrement. « Facebook n’a jamais utilisé les microphones des téléphones pour influencer la publicité et le fil d’actualités », ont dit les dirigeants du réseau social dans un communiqué diffusé en 2016. Même le fondateur Mark Zuckerberg a nié la rumeur devant le Congrès américain l’an passé.

L’entreprise de sécurité informatique britannique Wandera a fait des tests et publié ses conclusions en septembre dernier. « Nous n’avons rien découvert qui indique que nos téléphones activent leur microphone ou transfèrent des données en réponse au son », note-t-elle dans son analyse.

Plusieurs facteurs psychologiques et technologiques peuvent plutôt expliquer l’opportunisme suspect de ces publicités. Peut-être que la visite de certains sites a immiscé le badminton dans votre subconscient, et a guidé également Facebook. Peut-être que ce sport gagne en popularité à la grandeur de la province. Peut-être aussi que quelqu’un d’autre chez vous a effectué des recherches connexes après votre conversation.

Le réseau social connaît les sites que l’on consulte, les lieux que l’on visite et les personnes qui nous entourent. Facebook n’a pas besoin d’écouter nos conversations pour bien cibler nos habitudes.

Malgré tout, bien des gens n’acceptent pas les explications de l’entreprise. Il est difficile de les blâmer. Que ce soit à propos de l’écoute de certains échanges sur Messenger, de l’étendue de fuites de données ou du partage de données personnelles avec des partenaires, Facebook semble mentir d’un scandale à l’autre. Ce n’est que lorsque l’entreprise se fait pincer qu’elle avoue ses torts et promet de mieux agir la prochaine fois.

Ceux qui reçoivent des publicités ciblées après une conversation ne cherchent plus les explications logiques. Ils accusent un réseau social qui n’a tout simplement plus le capital de sympathie nécessaire pour convaincre ses utilisateurs qu’ils ne sont pas sous écoute.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

Commentaires
Laisser un commentaire