Les réseaux sociaux vocaux : la tendance de l’heure

Les réseaux sociaux vocaux, comme Clubhouse, prennent leur envol ces jours-ci et font rêver les investisseurs à la recherche du prochain TikTok. Voici ce qu’il faut savoir à leur sujet.

Montage L'actualité

Les réseaux sociaux vocaux comme Clubhouse proposent un lieu de rassemblement où les utilisateurs peuvent discuter de vive voix dans des salons virtuels, sans caméra, par l’entremise de leur téléphone intelligent.

Bien que le concept rappelle les salles de clavardage populaires au début d’Internet, en pratique, les réseaux sociaux vocaux s’apparentent souvent plutôt à une série de balados en direct, où des spécialistes parlent d’un sujet — du financement des jeunes pousses jusqu’aux chakras en passant par le maquillage de scène —, parfois pendant des heures.

Le public peut participer aux discussions en levant la main virtuellement pour prendre la parole si le modérateur l’autorise (ce qui évite la cacophonie d’une vidéoconférence familiale), mais ceux qui le souhaitent peuvent aussi créer leurs propres salons, réservés à leurs amis ou ouverts à tous, pour suivre une partie de hockey en groupe, par exemple.

Clubhouse est le porte-étendard de cette nouvelle tendance, mais le réseau social américain n’est pas le seul en son genre. Twitter notamment propose sa propre fonctionnalité vocale avec Spaces, et d’autres services, comme Discord, permettent aussi la création de salles de discussion vocales. L’entrepreneur américain Mark Cuban a aussi annoncé le lancement plus tard cette année de Fireside, une application de baladodiffusions permettant de converser en direct avec ses auditeurs. 

Sur invitation seulement

Ceux qui veulent essayer les réseaux sociaux vocaux devront malheureusement s’armer de patience. Clubhouse est offert sur iOS seulement pour l’instant, et il faut recevoir une invitation d’un ami pour accéder au service (chaque nouvel utilisateur peut en inviter deux autres). L’application envoie aussi des invitations directement aux gens inscrits sur une liste d’attente, mais celles-ci arrivent au compte-gouttes.

La pratique est courante pour les lancements de produits Web. C’est notamment ce que Google avait fait lors du dévoilement du service de courriels Gmail. Elle permet de gérer la croissance, mais également de donner une impression d’exclusivité aux utilisateurs.

La stratégie semble d’ailleurs porter des fruits. Depuis son lancement en avril, Clubhouse a gagné de la faveur lentement mais sûrement, au point d’atteindre 2 millions d’utilisateurs actifs par semaine à la mi-janvier.

La popularité de l’application semble avoir explosé cette semaine, après une apparition remarquée de l’entrepreneur Elon Musk pour une entrevue dans un salon. Même si aucune statistique n’a été dévoilée depuis le 24 janvier, une grande proportion des utilisateurs présents dans les salons visités par L’actualité semblent s’être joints au service au cours des derniers jours. Les serveurs de Clubhouse peinaient d’ailleurs à suffire à la tâche mardi, le réseau étant surchargé. 

Du côté de Twitter, la fonctionnalité Spaces, lancée en décembre, est offerte à une poignée d’utilisateurs seulement, le temps qu’elle soit peaufinée. Ceux-ci ne peuvent toutefois pas inviter de futurs abonnés.

Tant Clubhouse que Twitter Spaces devraient être ouverts à tous au cours des prochains mois.

Monétisation à venir

Les sociétés de capital de risque de la Silicon Valley ont de grandes ambitions pour les réseaux sociaux par la voix.

Ceux-ci sont pour l’instant offerts gratuitement, et même sans publicité dans le cas de Clubhouse, mais des mécanismes seront mis en place pour les monétiser. Les fondateurs de Clubhouse ont annoncé il y a peu leur intention de permettre aux créateurs sur la plateforme d’amasser de l’argent, à l’aide par exemple de pourboires, d’abonnements ou de vente de billets. Le service pourrait alors garder une partie de ces revenus.

La plus récente collecte de fonds de Clubhouse aurait porté l’évaluation de l’entreprise à environ 1,28 milliard de dollars, soit 10 fois plus que lors de son étape de financement précédente, en mai dernier.

Difficile à modérer

Comme tous les réseaux sociaux, Clubhouse connaît des problèmes de modération. Des cas de harcèlement, de racisme et d’antisémitisme ont d’ailleurs défrayé la chronique. L’instantanéité et le fait que tout s’y passe par la voix, et non par le texte (plus facile à analyser automatiquement), compliquent évidemment la tâche par rapport aux autres réseaux sociaux.

Des politiques ont été établies pour que les modérateurs dans les salons puissent décider quand bannir un utilisateur, et des outils automatiques auraient également été mis en place pour les aider à accomplir la besogne, mais tout indique que cette épine dans le pied de Clubhouse risque de persister.

Spaces, de Twitter, n’a pas encore connu de scandale comme Clubhouse, mais la fonctionnalité est aussi moins répandue pour l’instant.

Peu de contenu francophone

Comme c’est souvent le cas avec les nouveaux réseaux sociaux, le contenu sur Clubhouse et Twitter Spaces est surtout en anglais. On trouve certes des utilisateurs francophones sur ces plateformes, mais leur petit nombre fait qu’on y discute surtout dans la langue de Shakespeare. Les salons francophones devraient toutefois gagner en popularité à mesure que les locuteurs du français adopteront ce média. À condition, bien entendu, que les réseaux sociaux vocaux représentent une véritable tendance de fond, et non une simple mode passagère.

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