Manifeste pour un réseau public de fab labs

Combattre l’obsolescence, améliorer la littératie numérique, promouvoir l’entrepreneuriat, rompre l’isolement : le Québec pourrait faire d’une pierre quatre coups en mettant sur pied un réseau d’ateliers numériques accessibles à tous.

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Il existe dans les réfrigérateurs de petites pièces de plastique qui coûtent à peine 50 sous à produire et qui, si elles se brisent, peuvent à elles seules mettre K.-O. un électroménager de 1 000 dollars. Et si le fabricant ne les vend plus, bonne chance pour réparer votre frigo. 

Les technologies modernes permettent heureusement à ceux qui veulent prolonger la vie de leurs appareils de le faire. Il suffit de prendre l’ancienne pièce, de la numériser en trois dimensions avec un numériseur 3D, d’en imprimer une copie avec une imprimante 3D et d’installer la pièce de rechange. Mais encore faut-il avoir accès à cet équipement professionnel et savoir comment s’en servir.

C’est ce que permettent les fab labs, ou ateliers de fabrication collaboratifs. Ce concept, issu du Massachusetts Institute of Technology (MIT) au début des années 2000, offre un lieu de rassemblement, des appareils et de l’aide pour répondre aux besoins de création des gens modernes. Un bricoleur du dimanche peut y apprendre à imprimer des pièces de rechange, un entrepreneur peut y fabriquer un prototype pour sa nouvelle entreprise et un passionné de jardinage peut y bidouiller un appareil connecté pour mesurer l’humidité de ses plantes.

Il existe environ 2 000 ateliers du genre dans le monde, dont plus d’une cinquantaine au Québec. Beaucoup d’entre eux sont situés dans les écoles, et donc souvent réservés aux élèves, mais d’autres sont accessibles à tous. Malheureusement, trouver un fab lab et profiter de ses installations peut être difficile ou intimidant pour certains. Il faut parfois appeler pour prendre rendez-vous, et les heures d’ouverture sont généralement limitées, puisqu’il s’agit souvent d’initiatives lancées par des bénévoles.

Pour qu’ils puissent servir le plus de Québécois possible, les ateliers collaboratifs devraient être présents aux quatre coins de la province, et les visiter devrait être aussi facile que de franchir la porte d’une bibliothèque municipale. Seule la mise en place d’un réseau public permettra d’en arriver là.

Cette organisation favoriserait également un meilleur partage des ressources (pour les formations, par exemple) et une économie d’échelle pour l’achat de matériel. Le coût pour monter un fab lab varie grandement selon l’équipement choisi, mais atteint environ 130 000 dollars pour un espace de taille moyenne de qualité, d’après les estimations du MIT.

Un tel réseau ne devrait pas être créé en vase clos. Il devrait profiter de l’expérience d’institutions comme la Coopérative de solidarité Fab Labs Québec (qui soutient la mise en place de nouveaux fab labs), les centres de services scolaires et les bibliothèques du Québec, dont certaines — comme la bibliothèque Georgette-Lepage, à Brossard — ont déjà mis sur pied leurs propres ateliers. Cela aiderait à déterminer les besoins et à bâtir une structure en bonne et due forme pour chapeauter le futur réseau.

Il s’agit d’un projet ambitieux et coûteux, mais dont les bénéfices pour le Québec seraient inestimables.

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Bonjour,
Il y a des Fab Lab dans certaines bibliothèques de Montréal. Le premier a été inauguré à la bibliothèque Benny de Notre-Dame-de-Grâce il y a près de quatre ans. Il serait bien de le mentionner.
Merci

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