Mastodon ? Ne perdez pas votre temps (pour l’instant)

Mastodon sera-t-il le prochain réseau social privilégié par les utilisateurs de Twitter désenchantés par Elon Musk ? Notre chroniqueur techno en doute.

Wiki Commons / montage : L’actualité

Rien ne va plus sur Twitter. Les doléances des utilisateurs envers Elon Musk, PDG de Tesla et nouveau propriétaire du réseau social, sont nombreuses : licenciements massifs, publication d’une théorie complotiste par Elon Musk lui-même, monétisation d’une fonction servant à combattre la désinformation (les crochets bleus pour reconnaître les personnalités publiques)… Beaucoup d’abonnés ferment leur compte ou songent à le faire.

Et jusqu’à présent, c’est Mastodon qui émerge comme solution de remplacement possible à Twitter, avec un nombre d’abonnés actifs qui a doublé en moins de deux semaines, pour atteindre le million. Ces nouveaux utilisateurs y gagneront-ils au change ? Cela reste à voir.

Qu’est-ce que Mastodon ?

Mastodon est un réseau social gratuit et sans publicité, qui rappelle à première vue Twitter. Les messages qu’on y publie sont courts, jusqu’à 500 caractères — comparativement à 280 sur Twitter. On peut les partager, les aimer et suivre leurs auteurs.

Ce réseau lancé en 2016 par Eugen Rochko, un développeur allemand, se démarque toutefois par sa structure décentralisée. Au lieu de regrouper tous les utilisateurs dans une base de données géante comme c’est le cas avec Twitter, Facebook et les autres, Mastodon est divisé en plus d’un millier de serveurs indépendants (nommés instances).

On ne se joint donc pas à Mastodon, mais à une instance de Mastodon. Il est possible de suivre les utilisateurs inscrits sur d’autres instances que la nôtre et d’interagir avec eux, mais notre fil est surtout composé des toots (l’équivalent des tweets sur Twitter) de ceux qui partagent notre serveur. Ce sont de petites communautés (quoique certaines soient plus grosses, comme mastodon.social, avec 152 000 utilisateurs actifs), chacune avec ses propres règles, notamment au sujet de la modération. 

Au moment de l’inscription, votre nom d’utilisateur est associé à l’instance que vous avez choisie. Si vous vous inscrivez sur mastodon.social, par exemple, votre identifiant sera @[email protected], et si vous vous inscrivez sur mastodon.online, ce sera @[email protected]

Le code source du service est aussi ouvert, n’importe qui peut donc lancer sa propre instance. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait moi-même au cours des derniers jours, un peu parce que l’idée de posséder mes données et le service que j’utilise me plaît, mais également pour me familiariser avec le logiciel. À 13 dollars par mois pour mon instance personnelle (je n’accepte aucun abonné), l’expérience risque toutefois d’être de courte durée.  

Les problèmes de Mastodon

Les premiers pas sur ce réseau social peuvent malheureusement être fastidieux, le temps de trouver l’instance à laquelle on souhaite se joindre. Mastodon en propose quelques-unes par défaut, mais celles-ci n’acceptent souvent plus de nouveaux abonnés et elles ne nous intéressent pas forcément. Il en existe au moins une québécoise, https://jasette.facil.services, mais aucune ne s’est encore imposée comme la destination de choix pour les utilisateurs du Québec. 

Malheureusement pour Mastodon, le service a aussi les défauts de ses qualités.

Puisqu’elles sont sans publicité, les différentes instances sont généralement créées par de simples utilisateurs, qui doivent payer eux-mêmes les serveurs nécessaires à leur fonctionnement (Mastodon est gratuit, mais les serveurs de fournisseurs comme AWS ou OVHcloud, eux, ne le sont pas). Ces serveurs coûtent cher pour un particulier (au moins 50 dollars par mois pour une instance de 500 abonnés), ils sont donc souvent utilisés à la limite de leur capacité. La vitesse de navigation lorsque vous consultez les toots sur l’instance avant de vous y joindre est un bon indicateur de ses performances. Avec l’afflux récent de visiteurs provenant de Twitter, le service est souvent lent, et une page peut mettre de longues secondes à s’afficher.

Et ce n’est pas qu’une impression : en analysant les cinq plus grandes instances avec l’outil PageSpeed Insights de Google, qui évalue la performance de sites Web, j’ai constaté qu’une seule d’entre elles avait obtenu un pointage de plus de 55 % sur mobile. C’est peu.

On est en plus à la merci de l’instance que l’on a choisie, qui pourrait fermer du jour au lendemain si la facture mensuelle du serveur devenait trop élevée pour son créateur, par exemple. Sur près de 4 000 instances recensées par le site instances.social, plus de 2 700 sont d’ailleurs fermées à l’heure actuelle.

Passer d’un compte Twitter qu’on a bâti au fil des ans à un nouveau compte vide peut être démotivant. On peut aussi s’apercevoir au bout de quelques jours que le contenu affiché sur notre instance n’est pas forcément à notre goût, ou que ses règles de modération sont trop strictes ou trop laxistes pour nous. On peut déménager son compte d’une instance à une autre, mais le processus, sans être complexe, ne se fait pas en un simple clic non plus. Pour l’instant, les grands médias, les marques et la plupart des personnalités qui sont sur Twitter ne sont toujours pas sur Mastodon. La qualité de notre fil devrait s’améliorer avec le temps, à mesure qu’on suit de nouveaux utilisateurs, mais si la période d’acclimatation est trop longue, plusieurs risquent de délaisser leur compte en cours de route.  

Les réseaux sociaux ont la couenne dure

Autre point à souligner : avec ses 450 millions d’utilisateurs, Twitter n’est pas encore mort. Et même si Elon Musk fait rager bien des gens, d’autres réseaux sociaux ont traversé des crises plus graves (Facebook, notamment, après le scandale Cambridge Analytica, lorsque les données personnelles de 87 millions de personnes ont été utilisées pour influencer le résultat d’élections).

Les chutes des réseaux sociaux, comme Myspace, sont habituellement précipitées par la naissance d’un réseau concurrent supérieur. Avec son interface léchée et conviviale, Facebook en 2006 était plus simple et plus agréable à utiliser que Myspace. On ne peut pas en dire autant de Mastodon comparé à Twitter en 2022.

Tous ces défauts ne suffisent pas à rejeter Mastodon du revers de la main. Je vais laisser la chance au coureur. Le réseau continue de s’améliorer. Il pourrait, par exemple, créer un jour un processus pour ajouter automatiquement tous les utilisateurs que l’on suit sur Twitter.

Mastodon est désormais assez gros et complet pour connaître un certain succès. Mais pour l’instant, ses lacunes sont assez importantes pour me faire douter de ses chances de réellement remplacer Twitter.

La version originale de cet article a été modifiée le 9 novembre 2022 parce que nous avons pu vérifier qu’il existe au moins une instance de Mastodon basée au Québec.

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Si vous pensez sérieusement qu’Elon Musk ne pourrait pas transformer Twitter pour le bien de l’humanité comme il a fait dans plusieurs entreprises à succès. Écoutez bien cette vidéo.

Écoutez Elon Musk lui-même, pas les ragots ou les imitations frauduleuses qu’on fait sur lui ou les calomnies grotesques qu’on raconte sur lui,
et dites-moi donc ce qui peut bien vous indigner dans sa pensée.

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