Mazaam initie les enfants à la musique classique

L’application mobile ludoéducative québécoise Mazaam souhaite donner le goût de la musique classique aux enfants, tout en développant leurs facultés cognitives. Aperçu d’un logiciel où rien n’est laissé au hasard. 

« Ma génération et celle qui a suivi n’ont pas passé le goût de la musique classique à leurs enfants. Angèle Dubeau et moi avons donc décidé de faire quelque chose pour ça », lance François Mario Labbé, fondateur de la maison de production indépendante de musique classique Analekta et l’un des principaux instigateurs de Mazaam. Cette application lancée plus tôt ce mois-ci offre différentes activités aux enfants de 4 à 6 ans qui leur permettent d’assimiler certains concepts musicaux, comme la hauteur des sons et le timbre musical.

L’enfant doit par exemple donner à manger à deux aigles, un préférant les instruments à vent et l’autre les instruments à cordes. Il écoute quelques secondes d’une pièce et la glisse vers le personnage approprié selon qu’il s’agit par exemple d’une interprétation de Rhapsody in Blue de George Gershwin par l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) (instruments à vent) ou de la Suite no 1 en sol majeur de Jean-Sébastien Bach interprétée par Sergei Istomin (instrument à corde).

Tous les extraits musicaux entendus par les enfants proviennent de véritables enregistrements, et non de sons synthétiques. « L’enfant qui joue à Mazaam écoute des chefs d’œuvres, joués par des professionnels, sur de grands instruments. Tant qu’à ouvrir leurs horizons, faisons-le d’une grande façon », explique la musicienne Angèle Dubeau, qui a collaboré à la sélection de pas moins de 140 œuvres pour l’occasion. Les œuvres proviennent surtout du catalogue d’Analekta, mais aussi de la maison ATMA Classique et de l’OSM.

Mazaam a pris plus de deux ans à produire et a demandé un investissement d’un million de dollars, une somme quatre fois plus importante que ce qui avait été estimé au départ. « Nous ne voulions pas développer une application parmi tant d’autres, nous voulions faire quelque chose de très spécial », note François Mario Labbé.

Une approche basée sur la science

Dans un marché où la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, Mazaam se démarque par le sérieux de son approche.

« Rien n’a été laissé au hasard. Tout a été mesuré, calculé et évalué pour que les épreuves correspondent à chacune des étapes du continuum développemental de l’enfant » explique Jonathan Bolduc, directeur de la Chaire de recherche du Canada en musique et apprentissage.

Jonathan Bolduc a été présent dès le début du projet pour s’assurer que les éléments de Mazaam soient basés sur la littérature scientifique. Un travail colossal, pour lequel le professeur a dû s’entourer de trois doctorantes : une conseillère pédagogique à l’éducation à la petite enfance, une spécialiste en éducation musicale aux niveaux préscolaire et primaire et une doctorante spécialisée en formation auditive.

Le directeur de la Chaire de recherche du Canada en musique et apprentissage Jonathan Bolduc a été présent tout au long du développement de Mazaam.

L’équipe a tout d’abord choisi l’âge cible de l’application, soit de 4 à 6 ans. « C’est une tranche d’âge importante et souvent oubliée. C’est là que l’enfant connaît le plus grand boum sur le plan de la mémoire et de la perception auditive. Sur le plan musical, c’est une période éponge », croit Jonathan Bolduc.

« C’est aussi un âge où on a suffisamment de données et de connaissances établies pour savoir le genre d’activités qui fonctionnent, et ce qu’elles apportent », poursuit-il.

Car même si Mazaam a été conçu avant tout pour faire découvrir la musique classique aux jeunes, les avantages de l’apprentissage de la musique sont bien plus grands. « La musique stimule des fonctions importantes chez les enfants. Ce sont des fonctions reliées notamment à l’attention, à la mémoire, à la pensée abstraite et aux émotions », explique le professeur à l’Université Laval.

Les effets de la musique sur l’apprentissage des jeunes à l’école sont bien documentés. Un enfant capable de comparer des séquences rythmiques, savoir si une musique est lente ou rapide par exemple (une des activités de Mazaam), sera souvent meilleur pour segmenter les mots en syllabes.

Même si Mazaam a été conçu pour la musique classique, ce ne sont pas que les compositions de Mozart, Beethoven et compagnie qui ont des vertus positives pour les jeunes. « C’est une idée préconçue que la musique classique est plus bénéfique que les autres. Ça vient de recherches au début des années 1990, mais ça a été démenti depuis. On aurait pu faire l’application avec de la musique country ou populaire », estime Jonathan Bolduc, notant toutefois que la structure bien organisée de la musique classique est appropriée pour les activités de Mazaam.

« Quand on travaille avec des enfants de 0 à 5 ans, c’est d’ailleurs important de varier le type de musique qu’on leur offre. L’enfant devrait écouter autant du jazz que du classique ou du RnB », rappelle-t-il.

Mazaam et le temps d’écran

L’application Mazaam inclut une section pour les parents et éducateurs.

Comme toutes les autres applis éducatives, un certain paradoxe entoure Mazaam : les parents impliqués dans le développement de leur enfant qui seront intéressés par l’application sont probablement les mêmes qui éprouvent un malaise avec le temps que leur progéniture passe devant un écran.

« C’est clair qu’il y a un débat autour des écrans en ce moment. Mais ils ne vont pas disparaître, alors aussi bien offrir aux enfants quelque chose de qualité » juge Judith Beauregard, productrice exécutive et co-PDG de Tobo, le studio mandaté pour développer l’application.

Alors que l’équipe de Jonathan Bolduc décidait que les jeunes devraient différencier la hauteur des sons, celle de Judith Beauregard imaginait qu’ils le feraient en nourrissant un écureuil. « Nous voulions que les activités soient reliées au quotidien de l’enfant, pour qu’il puisse s’identifier aux personnages et comprendre ce qui se passe à l’écran. On a donc des caméléons qui se brossent les dents et un lynx qui range ses jouets », explique-t-elle. Un volet en duo a aussi été ajouté à l’application pour briser l’isolement numérique et faire jouer l’enfant avec son parent ou son éducateur.

Tous les éléments ont été approuvés par l’équipe scientifique pour s’assurer qu’ils convenaient aux enfants, afin que le rythme ne soit pas trop rapide, que les personnages ne bougent pas trop vite ou que les consignes soient claires, par exemple.

Mazaam a été conçu en petites activités qui permettent à l’enfant de ne pas passer trente minutes devant l’écran pour jouer et apprendre. « L’enfant peut s’initier à petites doses. Et ce qui est bien, c’est qu’il est ensuite possible de prolonger l’activité par l’écoute, note Jonathan Bolduc. Le but de l’application est après tout que les enfants écoutent et apprécient la musique ».

Un lancement international à l’automne

Mazaam est offert gratuitement sur iOS (une version Android est attendue prochainement), et il est possible de débloquer plus d’activités pour un achat unique de 5,49$.

L’application n’a que deux semaines, mais elle se fait déjà remarquer. « Nous négocions en ce moment avec une association pour que Mazaam soit offert dans 26 000 écoles aux États-Unis », explique François Mario Labbé. Le logiciel est seulement proposé en français et en anglais pour l’instant, mais d’autres langues seront ajoutées à l’automne, comme l’espagnol, l’allemand et l’italien. Des versions en coréen, japonais, mandarin et russe sont aussi au programme. La musique, après tout, est universelle.

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