moozoom : miser sur la technologie pour améliorer la santé mentale des élèves

La plateforme pour l’apprentissage socioémotionnel moozoom fait de plus en plus d’adeptes dans les écoles primaires du Québec. Entretien avec son créateur, Jean-Philippe Turgeon.

montage : L’actualité

Troubles anxieux, comportementaux, dépressifs : les enjeux de santé mentale sont bien réels chez les élèves du primaire. Sans être une panacée, l’apprentissage socioémotionnel, qui permet notamment aux enfants de reconnaître et de gérer leurs émotions, les aide à affronter ces problèmes.

Récemment, le Conseil supérieur de l’éducation a d’ailleurs recommandé au gouvernement de « rendre explicite et obligatoire le développement des compétences sociales et émotionnelles des enfants et de considérer l’acquisition de ces compétences comme un savoir-être qui se développe dans toutes les sphères d’activités de l’école, y compris au service de garde en milieu scolaire ».

Voilà qui explique en partie le succès de la plateforme en ligne moozoom, qui permet justement d’intégrer le développement de ces compétences en classe. Deux ans seulement après son lancement, moozoom est offerte dans 897 écoles au Québec et touche 186 000 élèves.

L’actualité : Qu’est-ce que moozoom ?

Jean-Philippe Turgeon : C’est une plateforme conçue pour procurer aux jeunes des habiletés sociales et émotionnelles. Ce sont des vidéos interactives, un peu comme « un livre dont vous êtes le héros », sur des sujets tels que le rejet ou la confiance en soi. Ces vidéos permettent aux professeurs et aux élèves de discuter de comment ils se sentiraient dans une situation ou une autre, et comment ils réagiraient.

Tout a été fait pour que ce soit engageant pour les élèves, mais aussi facile à utiliser pour les professeurs, qui n’ont pas besoin d’être formés ni de créer de matériel.

D’où est venue l’idée de lancer cette plateforme ?

Ma fille, qui souffre d’un enjeu de santé mentale important, a essayé de mettre fin à ses jours en 2018. Ça a été un déclencheur pour moi, je me suis mis à me demander comment on pourrait faire pour mieux encadrer nos jeunes, pour les aider à interroger leurs émotions.

Je ne viens pas du milieu de l’éducation, j’ai plutôt été avocat pendant près de 20 ans dans un cabinet à Montréal, mais j’ai pris connaissance des besoins des enseignants par rapport à cette problématique, et je me suis donné pour mission de les aider.

Est-ce qu’il y a une démarche scientifique derrière la création des vidéos ?

Nous avons un comité scientifique, et nous nous basons sur les recherches du CASEL, un organisme américain reconnu, qui a élaboré un cadre pour l’enseignement de l’apprentissage socioémotionnel chez les enfants.

Pour chaque nouvelle thématique, nos spécialistes rédigent un canevas, afin de s’assurer que tous les apprentissages du cadre du CASEL se retrouvent dans les vidéos, comme reconnaître ses émotions et les autoréguler. Des auteurs écrivent ensuite une histoire à partir de ce canevas.

Le concept de vidéos éducatives n’est pas nouveau, qu’est-ce que la technologie apporte de plus ?

Tout d’abord, il y a beaucoup de contenu qui accompagne les vidéos, comme des sujets de discussions à avoir en classe, des quiz et des jeux de rôle. La plateforme permet également à l’enseignant de suivre la progression des élèves.

Nous sommes aussi sur le point de lancer un outil pour évaluer l’acquisition des compétences par les jeunes. Ça va permettre aux enseignants de mesurer l’impact de moozoom sur leurs élèves.

Est-il nécessaire d’avoir des tablettes ou des ordinateurs en classe pour l’utiliser ?

Non, pas du tout. Toutes les activités peuvent être imprimées et données aux enfants. En règle générale, les vidéos ne sont d’ailleurs pas regardées sur des appareils personnels, mais plutôt en groupe, sur un tableau blanc interactif, par exemple.

Vous avez lancé moozoom au moment où commençait la pandémie. Qu’est-ce que la COVID a changé pour vous ?

En effet, on a dévoilé moozoom en mars 2020, au tout début de la pandémie. Ça a complexifié un peu notre lancement, puisque c’était difficile pour les écoles et les enseignants de prendre du temps pour découvrir un nouvel outil comme ça. Mais on a réussi à percer malgré tout ce bordel.

Il faut dire que la pandémie a mis en avant les enjeux de santé mentale qui touchent les jeunes, même s’ils existaient bien avant la COVID.

Pourquoi avoir visé les écoles plutôt que les parents ?

On a longtemps hésité. D’un côté, le choix de le faire pour les classes était évident, puisque c’est là que les jeunes passent du temps pour apprendre. Mais de l’autre, nous craignions qu’il soit difficile d’y percer (NDLR : l’accès à la plateforme coûte environ 5,50 $ par élève par année, ou moins si une entente est conclue avec un centre de services scolaire. On s’est finalement fait dire par de nombreux enseignants et de nombreuses directions d’écoles que c’était quelque chose qui serait demandé, alors c’est ce qu’on a fait.

Et c’était la bonne décision. On connaît beaucoup de succès au Québec, et on commence aussi à percer le marché américain. On vient d’ailleurs de conclure une entente avec l’État de l’Ohio, et on travaille sur des ententes similaires au Texas, dans l’État de New York et en Californie.

L’entretien a été édité pour plus de clarté et de concision.

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