Netflix se lance dans le jeu vidéo. Voici pourquoi

Le service de diffusion en ligne Netflix offre désormais des jeux vidéos à ses abonnés. Un ajout qui peut paraître étonnant, mais qui a plusieurs avantages pour l’entreprise, analyse notre chroniqueur techno. 

Le jeu Stranger Things : 1984, de Netflix. (Photo : Maxime Johnson)

Plusieurs mois après avoir annoncé son intention de s’attaquer au marché des jeux vidéos, Netflix est finalement passée à l’action mercredi, en lançant cinq nouveaux titres, accessibles gratuitement sur Android pour les abonnés du service. 

Il s’agit d’un projet à long terme pour l’entreprise, qui compte non seulement lancer ses jeux sur iOS prochainement, mais surtout développer ce volet comme une partie intégrante de son service de diffusion. Voici cinq souhaits de Netflix qui expliquent son intérêt envers le secteur vidéoludique.

Gagner l’attention des abonnés

Pour les services de diffusion en ligne, la lutte en vue d’acquérir des abonnés est avant tout une lutte pour garder leur attention. En 2017, le PDG de Netflix, Reed Hastings, avait d’ailleurs affirmé que le plus grand concurrent de son entreprise n’était pas un autre service de diffusion, mais plutôt le sommeil

Quand vient le temps de décider à quelle plateforme ils vont s’abonner, ou demeurer abonnés, les consommateurs doivent après tout choisir en fonction de leur budget, mais aussi du temps dont ils disposent. Un forfait à 10 dollars par mois pour Netflix, ce n’est pas cher, mais c’est quand même trop pour ceux qui ne passent pas leurs soirées à regarder ses films et ses séries. 

Offrir des jeux vidéos permet de capter l’attention des abonnés à d’autres moments — comme dans les transports —, ou même lorsqu’ils regardent une série en diffusion chez un concurrent, ce qui augmente pour eux la valeur du service. 

Créer de l’attachement envers les marques

Parmi les cinq jeux proposés par Netflix pour l’instant, deux sont tirés de la série Stranger Things (les autres sont de petits jeux d’arcade ou des puzzles). 

Il faut s’attendre à ce que d’autres films et séries aient droit à un traitement de la sorte. Par exemple, un jeu de type battle royale — où une centaine de joueurs s’affrontent en ligne jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un gagnant — basé sur des jeux d’enfants ferait un malheur au lancement de la seconde saison de la série Squid Game

Les jeux vidéos permettent de créer de l’attachement envers les propriétés de Netflix, et même de profiter d’une synergie, puisque les scènes vues au petit écran pourraient influencer l’action dans un jeu, et vice-versa. 

Accumuler des données

Lors d’un appel aux investisseurs l’été dernier, Netflix a en effet annoncé son intention d’utiliser les données accumulées avec les jeux pour influencer sa programmation. Non seulement un succès vidéoludique pourrait entraîner la création d’une nouvelle série, mais la popularité d’un personnage dans un jeu pourrait inciter Netflix à augmenter sa présence à l’écran, par exemple. 

La vision ne se réalisera pas forcément de cette façon, mais les habitudes de jeu pourront tout de même permettre à Netflix de connaître un peu mieux ses abonnés.

Justifier des prix plus élevés

Les jeux de Netflix sont pour l’instant offerts gratuitement à tous les abonnés, sans publicité ni achats intégrés. Toutefois, si ce nouveau volet des activités remporte du succès, il faut s’attendre à ce qu’il devienne réservé aux forfaits les plus chers de l’entreprise, pour encourager les membres à payer davantage par mois. 

Netflix aura de plus en plus de difficulté à augmenter son bassin d’abonnés. Notamment à cause de la concurrence élevée des autres services, mais aussi en raison de son taux de pénétration déjà important dans les pays développés. Après tout, 52 % des Québécois avaient accès à Netflix l’année dernière, selon l’étude NETendances 2020. 

Les jeux vidéos pourraient donc permettre à l’entreprise de générer plus de revenus malgré une croissance modeste, et ce, sans que le prix de ses forfaits de base subisse de hausse. 

Ne pas se laisser dépasser

Netflix est consciente que plusieurs autres plateformes ont déjà l’avantage d’offrir des services complémentaires. Les abonnés d’Amazon Prime, par exemple, ont accès à Prime Video, mais aussi à de la musique et à des livraisons gratuites. Les abonnés d’Apple One peuvent quant à eux profiter d’Apple TV+, en plus d’Apple Arcade, d’Apple Music et d’espace de stockage en ligne. 

Pour quelqu’un qui n’a pas le temps de tout regarder, et qui ne veut pas se payer différents abonnements, la présence d’un autre service comme des jeux ou de la musique pourrait peser lourd dans la balance. Voilà qui n’aura rien pour rassurer les plateformes de diffusion québécoises, qui doivent déjà se battre à armes inégales contre les géants internationaux, et dont le principal concurrent vient d’ajouter une corde à son arc.

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