Not Tonight : le Brexit en jeu vidéo

Peu de jeux vidéo abordent des thèmes reliés à l’actualité. Not tonight, qui brosse un portrait pessimiste du Royaume-Uni post-Brexit, est l’exception à la règle. 

Photo : Maxime Johnson.

Dans un Royaume-Uni dystopique après le Brexit, un videur d’origine européenne doit se battre pour éviter la déportation et survivre sous un gouvernement britannique d’extrême droite. Telle est la prémisse du nouveau jeu vidéo Not Tonight. Non seulement son sujet est d’actualité, mais son lancement sur console, le 31 janvier, coïncide même avec la date de divorce officielle entre l’Europe et le Royaume-Uni.

Les jeux du genre sont rares. Le temps de développement de plusieurs années des logiciels se prête mal aux sujets brûlants, et les studios tentent aussi souvent que possible de trouver des thèmes intemporels, qui sont plus susceptibles de trouver preneurs à long terme.

L’actualité s’est entretenu avec le créateur de Not Tonight, Tim Constant, à l’occasion de sa sortie sur la Nintendo Switch.

D’où vient l’idée de Not Tonight ?

Not Tonight est né de plusieurs envies. Je voulais créer une version un peu plus légère du jeu Paper Please (NDLR : un jeu indépendant où le joueur incarne un agent des douanes d’un pays fictif du bloc soviétique pendant la guerre froide), mais aussi représenter le Somerset où j’ai grandi, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Le sujet du Brexit s’est imposé quand on a commencé à concevoir le jeu, au début 2017. Pas tant à cause du vote lui-même, mais plutôt à cause de la rhétorique anti-immigration qui l’accompagnait. C’était très frustrant de voir les habitants d’où je viens se mettre à attribuer tous leurs maux aux immigrants.

Créer un jeu d’actualité est difficile considérant les contraintes de développement. Comment avez-vous réussi ?

En toute honnêteté, ce n’est pas à cause de nos talents de planificateurs, mais tout simplement parce que le Brexit est d’actualité depuis tellement longtemps !

On parlait du Brexit quand on a commencé à travailler sur le jeu, on en parlait lorsqu’il est sorti sur PC en 2018 et on en parle encore aujourd’hui maintenant que Not Tonight arrive sur une console. Et ce n’est pas encore terminé !

Aborder un sujet politiquement chargé vous a-t-il causé des problèmes ?

Oui, un peu. Beaucoup de joueurs se plaignaient sur les forums de discussion et sur les réseaux sociaux, surtout au début.

Plusieurs ont aussi essayé de nous laisser de mauvaises critiques lorsque le jeu est sorti. Sur la plateforme de vente de jeux GOG, où il n’est pas nécessaire d’acheter un logiciel pour le noter, on a d’ailleurs obtenu une cote désastreuse. Sur Steam, où seuls ceux qui ont payé pour avoir le jeu peuvent le critiquer, les commentaires sont très positifs.

Croyez-vous qu’un jeu puisse changer l’opinion des gens ?

Je ne pense pas que personne d’extrême droite ne va changer d’opinion après avoir joué à Not Tonight. Mais il y a des personnes au centre, qui sont plus indécis, qui pourraient être touchés.

Pour être franc, je crois toutefois qu’il y a des façons beaucoup plus efficaces que le jeu vidéo pour faire passer un message ou pour faire la différence, que ce soit simplement en votant ou en participant à des manifestations.

Prévoyez-vous faire d’autres jeux d’actualité ?

J’aimerais ça. Mais malheureusement, je n’ai aucune idée ce qui s’y prête pour l’instant ! Notre prochain jeu sera plutôt un jeu de rôle sur le soccer. Si je pense à une idée qui se prêterait bien à un thème d’actualité, c’est certain que je vais le faire, car les jeux vidéo devraient être plus politisés qu’ils ne le sont à l’heure actuelle. Une chose est sûre, il faudra que ce soit le design qui prime, et non le thème. Si un jeu n’est pas amusant, personne ne va y jouer.

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