Prendre ses notes à l’ordinateur affecte-t-il les résultats scolaires ?

Les études sur l’effet de la prise de notes à l’ordinateur ne font l’unanimité ni chez les chercheurs ni chez les professeurs, comme l’explique Maxime Johnson.

Ordinateurs en classe
Photo: iStockphoto

Pour quiconque a visité une salle de classe universitaire au cours des dernières années, le constat est frappant : fini les papiers et les crayons ! Les étudiants tapent désormais frénétiquement sur le clavier d’un ordinateur portatif pendant les cours. Le professeur ne s’adresse plus à des visages, mais à des logos d’Apple et de Windows.

« La proportion d’étudiants qui prennent leurs notes sur un ordinateur varie selon les groupes, mais ça atteint souvent les 90 % de la classe, et même 100 % », observe Philippe-Antoine Lupien, chargé de cours à l’École des médias de l’UQAM. Même dans les classes moins technophiles, les professeurs interrogés par L’actualité rapportent un taux de prise de notes à l’ordinateur de 75 %. Le crayon s’efface inexorablement au profit du clavier QWERTY.

Pourtant, cette transition amorcée il y a une dizaine d’années est loin de faire l’unanimité et soulève les passions dans le corps professoral universitaire. Dans un article publié plus tôt cette semaine dans le New York Times, la professeure de l’Université du Michigan Susan Dynarski rapporte avoir interdit la prise de notes à l’ordinateur dans ses classes, sauf pour les élèves qui éprouvent des difficultés d’apprentissage.

La raison est simple : des études montrent que la prise de notes à l’ordinateur affecte négativement les résultats scolaires. Les chercheurs Pam A. Mueller, de l’Université Princeton, et Daniel M. Oppenheimer, de l’Université de Californie à Los Angeles, ont ainsi montré que les étudiants prenant des notes à l’ordinateur obtenaient de moins bons résultats que ceux prenant des notes manuscrites, surtout pour les questions plus conceptuelles.

Cela s’expliquerait par le fait que les étudiants qui tapent à l’ordinateur sont plus rapides, et qu’ils ont tendance à transcrire tout ce qui leur est enseigné. À l’inverse, ceux qui utilisent un papier et un crayon doivent faire un effort de synthèse, ce qui serait bénéfique à l’apprentissage.

D’autres études ont également établi que les étudiants se servant d’un ordinateur sont enclins à effectuer plusieurs tâches à la fois, ce qui aurait aussi un effet négatif sur leurs résultats.

Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation et professeur à l’Université de Montréal, n’appuie pas ces conclusions. « Les avantages documentés de la prise de notes par ordinateur sont nombreux, mais il y a beaucoup d’études tendancieuses sur la question, dit-il. On compare des étudiants qui ont passé leur vie à prendre des notes sur papier avec d’autres qui n’ont à peu près jamais pris de notes à l’ordinateur. »

Le sujet touche visiblement une corde sensible. « Un confrère avec qui je discutais de la question récemment m’a dit que le clavier nous rapprochait de l’animal. Franchement ! Dans quelques années, nous allons regarder tout ce débat et nous allons en rire », prédit Thierry Karsenti.

Une preuve que la prise de notes à l’ordinateur fonctionne, selon lui ? À la Commission scolaire Eastern Township, le taux de décrochage est passé de 44 % à 19 % et les résultats scolaires se sont améliorés depuis l’introduction des TIC dans les classes, il y a une dizaine d’années. « Ça ne se fait pas du jour au lendemain, précise-t-il. Il faut du temps pour apprivoiser un ordinateur. »

Prendre des notes, oui, mais pas n’importe comment

Et si le nœud de la guerre était là, justement ? Oui, la prise de notes façon verbatim et les distractions inhérentes à l’ordinateur, où Facebook n’est jamais bien loin, peuvent miner les résultats scolaires des élèves. Mais bien encadré, l’ordinateur peut néanmoins s’avérer un outil puissant.

« Les étudiants peuvent faire plein de choses intéressantes avec un ordinateur, comme prendre des notes collaboratives à plusieurs dans un même document en ligne », illustre Florian Meyer, professeur au Département de pédagogie de l’Université de Sherbrooke. L’ordinateur permet aussi de déplacer du texte, d’ajouter des éléments dans ses notes, de les partager, d’inscrire des liens, des photos et beaucoup plus.

« Les problèmes évoqués, comme la transcription plutôt que la synthèse, sont des problèmes de stratégie de prise de notes, estime-t-il. Mais ça s’apprend. » Et pour ce qui est de la distraction, un étudiant n’a pas besoin d’un ordinateur pour ne pas écouter en classe : les téléphones intelligents lui permettent aussi de le faire.

Philipe-Antoine Lupien est chargé de cours. Il est plutôt critique envers la prise de notes en classe sur un ordinateur, mais devant l’impossibilité de l’interdire — une décision qui serait à son avis trop sévère pour des étudiants en 2017 —, il a plutôt décidé de s’adapter.

« Chaque début de session, je sensibilise les étudiants aux études publiées sur le sujet et sur les aspects cognitifs liés à la prise de notes, dit-il. J’effectue aussi de petits travaux de recherche, en l’espace de 20 minutes, qui leur permettent de s’évader un peu pendant le cours. »

La question de la prise de notes avec un ordinateur ne touche évidemment pas que les étudiants universitaires. Les employés sur le marché du travail doivent aussi écrire pendant les réunions et les présentations, et les élèves plus jeunes sont de plus en plus exposés à l’informatique en classe. L’importance de bien les encadrer et de les préparer à une prise de notes sensée est primordiale.

Car malgré ses risques, l’ordinateur a un bien plus grand potentiel qu’un crayon HB. Il serait dommage de s’en priver uniquement parce qu’on n’est pas capable d’enseigner aux jeunes comment s’en servir intelligemment.

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Je fais les deux: je prends des notes à la main durant le cours, et le soir je transcris et réorganise mes notes sur l’ordinateur et j’imprime cela. Ce système me permet de faire une révision le soir — le meilleur moment pour étudier, surtout si on se couche tout de suite après, selon les experts (voir « A Mind for Numbers » de Barbara Oakley).

Je suis en accord avec la position Karsenti.
En effet, je crois qu’il faut seulement apprendre à bien prendre des notes avec un ordinateur. Il y a plusieurs avantages à utiliser cette technologie afin de noter des informations données oralement par l’enseignant. Tout d’abord, l’ordinateur permet de prendre des notes beaucoup plus rapidement qu’à l’écrit. Par la suite, il est possible de rassembler les notions importantes facilement, en plus d’y ajouter des images, des vidéos et du nouveau contenu. De cette façon, l’élève peut se développer personnellement et s’engager dans son parcours scolaire. Il est important de s’adapter aux nouvelles technologiques dans le monde de l’éducation, et cela part, dans un premier temps, avec la prise de notes! Comme Karsenti le dit si bien, il faut seulement montrer à nos jeunes la façon de prendre ses notes!

En tant qu’étudiante au Baccalauréat en enseignement au secondaire, je suis d’accord avec les points soulevés par Thierry Karsenti. En effet, je suis d’avis que la prise de notes à l’ordinateur a des effets positifs sur l’apprentissage. L’outil me permet d’être plus rapide. Ainsi, je peux capter plus d’informations à la fois plutôt que si je transcrivais simplement manuellement les contenus de l’enseignant. En plus, lorsque l’enseignant mentionne un terme ou un concept dont je ne saisis pas très bien la définition ou la complexité, je peux lancer une recherche sur les divers moteurs de recherche. Je peux ainsi pousser plus loin mes connaissances simplement puisque ma prise de notes se fait à l’ordinateur. Le tout me permet d’ajouter du contenu à ma prise de notes. Je peux ajouter des images, des photos, des cartes, des vidéos ou toutes nouvelles informations en lien avec la théorie que j’apprends. Je suis consciente que la plupart des étudiants utilisent leur ordinateur pour surfer sur le web plutôt que de prendre réellement des notes, mais je considère que c’est un processus d’autorégulation. Chaque étudiant doit apprendre par lui-même à éliminer les distractions.

Je suis en accord avec la prise de notes informatisée. De prime abord, je favorise le point de vue à Thierry Karsenti et je mets l’accent sur la bonne utilisation en ce qui a trait la prise de notes informatisée. En effet, lorsque l’élève prend des notes informatisées, il le fera plus rapidement que des notes manuscrites. Toutefois, il ne faut pas faire des verbatim. Cela dit, il est clair que la profondeur et la rigueur des notes sont plus solides à l’informatique. Ensuite, il est normal de considérer l’évolution des TIC dans la société. L’éducation se modernise constamment et la pratique éducative également. Par-delà, la prise de note informatisée prédomine sur la tendance manuscrite. Or, il suffit de bien l’utiliser, de façon conceptuelle, pour favoriser les apprentissages. Les concepts, les schémas, etc. sont de bonnes méthodes pour la prise de notes informatisées. Enfin, la proximité des donc.es informatiques est beaucoup plus considérable qu’avec la prise de notes manuscrites. Avec l’ordinateur, on peut facilement faire des recherches sur le sujet le cas échéant. La navigation devient alors un outil complémentaire à la prise de notes.

Je suis mitigé face à l’utilisation de l’ordinateur pour la prise de notes ou la méthode manuscrite.

Je suis en accord avec le fait que l’utilisation de l’ordinateur pour prendre des notes comporte des avantages et des inconvénients. Tout d’abord, c’est plus rapide de prendre des notes de cette manière, toutefois il faut synthétiser. Ensuite, nous sommes maintenant à l’ère du numérique et nous avons pas le choix de s’y conformer. Par contre, il est nécessaire, voire primordial que l’enseignant donne des stratégies à leurs étudiants afin qu’ils prennent conscience de ce qu’ils font avec leurs notes, mais aussi de synthétiser. Pour finir, les élèves peuvent créer en prenant des notes, par exemple ajouter des articles, faire des points et ils peuvent avoir accès à leurs notes sans chercher partout. Les élèves ne pourront plus dire qu’ils ont oublier leur cahier de notes s’ils sont sur leur ordinateur!

Pour ma part, je suis pour le fait de prendre des notes à l’ordinateur.
Premièrement, la prise de notes à l’ordinateur peut faciliter la compréhension, si elle est bien faite. Prendre des notes à l’ordinateur ne se veut pas nécessairement d’écrire tout ce que l’enseignant dit. Par exemple, l’utilisation d’un logiciel permettant de faire des schémas conceptuels facilite grandement la prise de notes et développe l’esprit de synthèse chez l’étudiant. Ensuite, lorsqu’il viendra le temps pour l’étudiant d’étudier pour l’examen, il n’aura qu’à relire le schéma au lieu de lire plusieurs pages de notes.
Deuxièmement, la prise de notes à l’ordinateur amène des notes plus riches et plus complètes. En effet, il est possible à l’ordinateur d’ajouter des liens, des photos, des images et des fichiers annexés afin de rapidement revenir sur la matière vue lors de l’étude. Cela est bénéfique pour le développement personnel, car l’ajout de médias permet de faire une recherche rapide si l’étudiant ne comprend pas bien un point quelconque.
Troisièmement, la technologie évolue de façon exponentielle au sein de notre société. C’est pourquoi, je crois qu’il est important que les étudiants apprennent le plus tôt possible à utiliser l’ordinateur pour apprendre à l’exploiter au maximum comme outil d’apprentissage et de recherche.

Personnellement, je ne crois pas que le problème soit lié à la façon dont un étudiant prend ses notes. Bien que je ne sois pas convaincu qu’une réelle différence existe entre les deux méthodes de prise de notes, je suis à 100 % d’accord qu’on ne peut pas pénaliser ceux qui savent s’en servir efficacement, simplement parce que certains ne maîtrisent pas le noble art de la synthèse.
Premièrement, il y a une différence entre recracher sur un « document Word » tout ce qui sort de la bouche du professeur et faire un effort pour inscrire notre propre compréhension de ses paroles. Je ne suis pas très rapide pour écrire mes notes, que ce soit sur une feuille ou sur mon ordinateur. Pour cette raison, j’écoute davantage que je n’écris, ce qui me permet d’avoir des notes plus courtes. Bien que moins longues, ces notes auront au moins une signification pour moi. L’étude se fait donc de manière bien plus fluide, car je n’ai pas à me rappeler le contexte dans lequel l’enseignant a parlé.
Deuxièmement, il est vrai qu’avoir son ordinateur devant soi ouvre la porte à de nombreuses distractions. Néanmoins, il est de notre devoir d’être responsable et professionnel lorsque nous sommes en classe. Bien qu’il me soit arrivé d’être faible et d’avoir failli à mon devoir d’étudiant, je suis conscient que ceci est mon problème. Après tout, va-t-on blâmer le crayon de l’élève qui va dessiner des dragons sur sa feuille au lieu de prendre ses notes ? Je crois être dans le vrai quand j’affirme que la réponse est non.
Puis troisièmement, pourquoi nuire à la créativité de certains ? La prise de note sur l’ordinateur n’est pas dans mes cordes. Je ne me contente que du minimum, comme sur papier. J’ai pourtant trouvé que les notes de certains de mes camarades de classe sont de véritable chef d’œuvres artistiques en matière de synthèse. Diagramme, schéma conceptuel, tableaux catégorisés, si l’on peut innover, pourquoi se priver ? Je crois donc qu’il ne faut pas interdire la prise de note par traitement de texte informatisé, mais plutôt de sensibiliser ses utilisateurs à en faire bon usage.

Pour ma part, je considère que l’intégration des TIC en classe peut être bénéfique. Par contre, il faut être prudent puisque cela peut tout de même avoir des effets négatifs si on ne s’en sert pas de la bonne façon. Je crois qu’une bonne utilisation des TIC en classe devrai être dosée et augmentée de façon progressive. Comme les élèves ne savent pas toujours nécessairement comment s’en servie. il serait intéressant de l’intégrer tranquillement en classe par le biais d’activités par exemple. Cela permettrai aux élèves de bien apprendre à s’en servir et d’éviter qu’ils ne s’en serve dans le but de se divertir puisqu’il ne l’auront pas toujours en leur possession. De plus, les cours qui incluront les TIC seront prévus et donc adaptés. De plus, l’utilisation de l’ordinateur permet aux élèves de prendre en note d’avantage d’informations et donc d’accélérer la vitesse des cours. Cela permet également aux élèves d’avoir une certaine autonomie en faisant des recherches par exemple. Cela aide donc les élèves a construire eux même leur connaissances et à s’investir d’avantage dans leurs apprentissages.