Prise de notes : stylo ou clavier ?

Alors que la pandémie force de nombreux étudiants à réévaluer leurs méthodes d’apprentissage, le bon vieux cahier de notes est de plus en plus délaissé. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

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Thierry Olive est directeur de recherche au CNRS, à l’Université de Poitiers.

La pandémie que nous vivons depuis maintenant presque deux années a bouleversé les pratiques pédagogiques. Les cours à distance se sont multipliés, de nombreux écoliers et étudiants ont dû travailler davantage seuls, souvent sans accompagnement des enseignants ou de leur famille. Les inégalités éducatives ont ainsi été accentuées.

Dans ce contexte, les élèves qui réussissent le mieux sont ceux qui disposent d’un éventail de techniques et de compétences leur permettant de mobiliser toutes leurs connaissances pour suivre des cours d’une qualité souvent dégradée ou pour lire seuls les documents proposés.

La prise de notes est une de ces techniques indispensables aux apprentissages scolaires : il est en effet impossible de mémoriser tout ce que nous entendons dès la première écoute ou de retenir tout ce que nous lisons. Les étudiants doivent donc, d’une part, sélectionner les informations les plus utiles et pertinentes dans leurs cours et, d’autre part, en garder une trace pérenne. Les notes sont, de fait, une mémoire externe qu’ils peuvent consulter à tout moment pour travailler et réviser leurs cours.

Des questions d’organisation

La plupart des étudiants estiment ainsi que prendre des notes contribue fortement à leur réussite. De nombreux travaux scientifiques ont montré que la prise de notes améliore effectivement les résultats scolaires.

Bien entendu, plusieurs techniques existent (de la copie mot à mot aux notes organisées en matrices, par exemple) et certaines sont plus efficaces que d’autres. Les plus utiles permettent de mieux comprendre le contenu des cours. Elles contribuent aussi à une meilleure mémorisation, et à plus long terme, des nouvelles connaissances acquises.

En effet, la qualité du traitement que fait l’étudiant des informations données par les enseignants dépend directement de la technique de prise de notes : plus celle-ci favorise un traitement profond, c’est-à-dire du sens des énoncés, meilleures sont la mémorisation et la compréhension du cours. Par conséquent, les techniques qui favorisent l’organisation, la hiérarchisation et la reformulation des contenus conduisent généralement à de meilleurs résultats.

Malheureusement pour les étudiants, prendre des notes, c’est-à-dire écouter, comprendre et noter simultanément, entraîne une charge mentale très élevée. Aussi, pris à la fois dans l’urgence de la prise de notes et dans la crainte d’oublier une partie du cours, ils privilégient souvent des techniques simples qui favorisent la quantité de notes plutôt que l’organisation et la hiérarchisation des contenus.

Progression des outils numériques

Au-delà des techniques de prise de notes, rarement enseignées, les outils d’écriture utilisés par les étudiants contribuent-ils à l’efficacité de cet exercice ? Cela change-t-il quelque chose de prendre des notes avec un clavier plutôt qu’un stylo ? Un enseignant face à un amphithéâtre ne peut que constater la multitude d’écrans et de tablettes qui s’offrent à sa vue.

Une enquête réalisée auprès de 700 étudiants de l’Université de Poitiers montre que 90 % des personnes interrogées ont déclaré utiliser le papier et le stylo, et environ 60 % se servent aussi d’un ordinateur. Les tablettes sont quant à elles très peu utilisées (moins de 5 %), moins que les téléphones intelligents (qui servent surtout à photographier les diaporamas projetés par les enseignants).

Dans une enquête plus récente menée pour sa thèse auprès de 240 étudiants de diverses disciplines, une de mes doctorantes, Marie Lebrisse, observe que près de 90 % des personnes interrogées affirment recourir à un ordinateur pour prendre des notes et autant disent utiliser également le stylo et le papier.

Ces enquêtes montrent aussi que l’utilisation d’un ordinateur dépend des disciplines : celles qui reposent essentiellement sur la transmission du discours de l’enseignant favorisent la prise de notes au clavier. Il est en effet difficile de faire des schémas, des diagrammes ou de noter des équations avec un clavier et une souris ! Aussi, les enseignements dans les disciplines scientifiques ou techniques, par exemple, conduisent plutôt à des prises de notes manuscrites.

Enfin, les étudiants déclarent préférer prendre des notes avec un ordinateur parce qu’elles sont ainsi bien présentées et sont donc plus faciles à relire et à réviser, mais également pour la rapidité de la frappe au clavier. Ils sont ainsi (r)assurés de ne pas oublier de points importants du cours.

Des effets encore très discutés

Les effets des outils d’écriture sur la prise de notes sont multiples et difficiles à appréhender : la surface glissante des tablettes, la maniabilité des souris, les diverses options proposées par les applications utilisées avec les ordinateurs ou encore la taille des écrans sont autant de facteurs qui interviennent dans la performance et autant d’obstacles (ou d’aides, selon les situations) pour les noteurs. Par exemple, une faible maîtrise de la frappe au clavier se traduit par une mémorisation détériorée des informations retranscrites.

Depuis une décennie, plusieurs travaux ont tenté de mieux comprendre la prise de notes sur ordinateur. Dans une étude de Mueller et Oppenheimer publiée en 2014, des étudiants universitaires devaient prendre des notes manuscrites ou avec un clavier, à partir de conférences vidéos de 30 minutes. Les auteurs ont testé l’hypothèse que la rapidité de la frappe au clavier — qui conduit les étudiants vers une prise de notes plus linéaire, visant à écrire le maximum de mots du discours de l’enseignant, mais en le traitant moins du point de vue de sa signification — devrait mener à une plus faible mémorisation.

Ils n’ont pas observé de différence selon l’outil quant au rappel d’informations précises présentes dans la vidéo. En revanche, ils ont constaté un bénéfice de la prise de notes manuscrites relativement au rappel d’informations traduisant la compréhension des étudiants.

D’autres travaux ont aussi relevé des notes moins organisées et plus linéaires avec un clavier, mais cette fois-ci, une meilleure mémorisation à la suite d’une prise de notes avec un ordinateur. Il est donc délicat de tirer des conclusions des études publiées à ce jour, tant certaines d’entre elles diffèrent. Cependant, une méta-analyse (l’analyse simultanée des résultats de plusieurs études) récente ne semble pas montrer d’effet négatif de l’utilisation d’un ordinateur sur la mémorisation des informations notées.

Des usages à accompagner

Il existe d’autres technologies que le clavier et l’ordinateur pour prendre des notes : on peut citer les tablettes avec claviers extérieurs, virtuels ou encore avec stylets, et les stylos numériques, qui enregistrent et numérisent la trace écrite qu’ils produisent. Ces deux types d’outils reposent donc sur une prise de notes manuscrites et proposent des options d’outils numériques (par exemple, la reconnaissance de l’écriture).

Dans sa thèse, Marie Lebrisse a étudié la prise de notes sur tablette grâce à un logiciel de reconnaissance de l’écriture tracée avec un stylet. Ses travaux révèlent que la prise de notes sur tablette se rapproche davantage de celle sur papier. Les études qui ont analysé les tablettes eWriter, qui servent spécialement à la prise de notes et à l’écriture, ont conduit à des résultats semblables.

L’utilisation de stylos numériques pour la prise de notes est aussi une piste à explorer. Ces stylos présentent l’avantage de pouvoir enregistrer non seulement l’écriture manuscrite, mais aussi les enseignements donnés en les synchronisant avec les notes écrites. Joseph Boyle, de la Temple University à Philadelphie, a mené plusieurs recherches sur l’utilisation de ces outils par les étudiants présentant des difficultés d’apprentissage. Il montre clairement comment l’emploi de stylos électroniques peut aider ces élèves.

Pour conclure, si plusieurs études constatent les limites des outils numériques de prise de notes, de nombreux travaux soulignent également leur potentiel pour la réussite scolaire. Mais leur utilisation doit être accompagnée pour qu’ils apportent des bénéfices aux étudiants. Sans une formation adéquate et un soutien durable, ils peuvent finir par n’être guère plus que des gadgets…

Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.