Réparer votre iPhone : mission (bientôt) possible

Apple s’apprête à vendre en ligne les pièces et les outils nécessaires pour réparer vous-même votre Mac ou votre iPhone. Est-ce le début d’une nouvelle ère pour les gadgets technos ?

VladTeodor/Getty Images

Dès le début 2022, la nouvelle boutique en ligne Self Service Repair d’Apple offrira aux Américains des guides de réparation officiels ainsi que les outils et pièces nécessaires pour remettre en bon état les différentes déclinaisons de l’iPhone 12 et de l’iPhone 13. Au lancement, 200 pièces et outils seront proposés à ceux qui désirent changer par exemple l’écran, les caméras et la batterie de leur iPhone. La boutique devrait grossir avec le temps, pour inclure aussi les pièces et les outils de remplacement de plus de composants et pour permettre de réparer les ordinateurs MacBook. La Self Service Repair sera étendue à d’autres pays plus tard en 2022 (la liste n’a pas été annoncée, mais le Canada devrait en faire partie).

Il s’agit d’une avancée importante pour ceux qui regrettent qu’il soit de plus en plus difficile de réparer ses gadgets. À l’heure actuelle, un consommateur qui souhaite remplacer une pièce de son iPhone doit consulter des guides de réparation produits par des entreprises tierces (comme ceux de l’américaine iFixit) et trouver sur Internet des pièces dont l’authenticité n’est pas toujours garantie.

Une pièce non d’origine peut entraîner des problèmes : l’écran peut être protégé par un verre de moins bonne qualité que celui utilisé par Apple, par exemple, et la charge de la pile peut être inférieure à celle de l’originale.

Et ce n’est là qu’un des nombreux maux liés aux réparations présentement. Parfois, les pièces sont soudées à la carte-mère et ne peuvent donc pas être remplacées. 

Des protections logicielles peuvent aussi afficher des messages affirmant que l’authenticité d’un composant ne peut être vérifiée lorsqu’il a été installé par un consommateur ou un réparateur non autorisé, même si celui-ci provient d’Apple. 

L’étau se resserre sur l’industrie

L’annonce diffusée mercredi survient après plusieurs mois de pression politique et publique aux États-Unis et ailleurs dans le monde pour promouvoir l’accès à la réparation.

Des groupes comme The Repair Association exhortent par exemple plusieurs États américains à légiférer afin de faciliter la réparation de produits tels que les gadgets électroniques et la machinerie agricole.

L’été dernier, Joe Biden a même signé un décret-loi invitant la Federal Trade Commission (FTC), l’agence américaine responsable notamment de l’application du droit de la consommation et du contrôle des pratiques commerciales anticoncurrentielles, à établir les règles entourant le « droit à la réparation ».

Le concept fait aussi son chemin en Europe. L’Union européenne a par exemple adopté l’année dernière une résolution visant entre autres à améliorer la réparabilité des produits. Au Québec, le principe du projet de loi 197 pour modifier la Loi sur la protection du consommateur afin de lutter contre l’obsolescence programmée et de faire valoir le droit à la réparation des biens a été adopté en avril 2021. Il est présentement à l’étude à la Commission des relations avec les citoyens.

En lançant sa boutique, Apple devance les différentes législations dans le monde et devrait avoir le beau rôle lorsque ces dernières seront mises en place.

Notons que l’entreprise ne sera pas la première à vendre des pièces de rechange aux consommateurs. Au Canada, par exemple, le fabricant Huawei offre directement sur son site les pièces pour ses téléphones des quatre dernières années, en plus de celles pour ses tablettes, montres connectées, écouteurs et ordinateurs.

Un bon début, mais il en faudra plus

La boutique pour réparations d’Apple est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est qu’une première étape si l’entreprise souhaite réellement prolonger la vie des appareils électroniques qu’elle vend.

Comme la vie utile d’un appareil ne s’arrête pas le jour où son fabricant en cesse la vente, Apple et tous les concurrents qui lui emboîteront le pas devraient garantir que les pièces seront offertes pendant de nombreuses années. Cela permettrait aux consommateurs de conserver leurs gadgets longtemps après leur mise en marché.

Il faudrait également qu’Apple vende ses pièces de rechange à un prix raisonnable qui incite à réparer plutôt qu’à acheter un modèle neuf.

Le design des appareils pourrait aussi être revu pour faciliter les réparations, notamment en évitant d’utiliser de la colle — qui rend les gadgets difficiles à ouvrir — et en privilégiant les vis plutôt que la soudure. iFixit, qui évalue les appareils selon leur réparabilité, avait récemment attribué à l’iPhone 13 Pro une note de 5 sur 10, regrettant entre autres la difficulté à remplacer la vitre à l’arrière du téléphone et la nécessité de se servir d’outils exclusifs pour effectuer certaines réparations.

L’accessibilité aux pièces et aux outils est essentielle pour faciliter les réparations. Mais les appareils électroniques doivent aussi être conçus avec cet objectif en tête si on veut que la mesure ait un véritable effet à long terme.

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