Sophia, l’ambassadrice des robots

L’intelligence artificielle fait peur, mais le robot humanoïde Sophia tente de réconcilier l’homme et la machine, une conférence à la fois.

L'androïde Sophia. Crédit photo: Jimmy Hamelin/C2 Montréal.

« J’espère devenir super intelligente, mais aussi sage et pleine de compassion afin que je puisse accomplir les choses mieux et plus rapidement, en plus de savoir ce que je devrais faire pour maximiser les bénéfices pour tous les êtres. »

Ces propos n’ont pas été tenus par une jeune étudiante qui souhaite changer le monde, mais par Sophia, un robot à l’apparence humaine. L’androïde était de passage dans la métropole au début février, lors du dévoilement de la programmation de la conférence C2 Montréal, où elle fera une apparition ce printemps.

Sophia est une création de l’entreprise hongkongaise Hanson Robotics. Elle a fait la manchette au cours des dernières années après avoir participé à plusieurs entrevues télévisées et obtenu la citoyenneté de l’Arabie saoudite (une information à prendre avec un grain de sel, considérant qu’il s’agissait surtout d’une opération marketing).

Sophia a été inventée pour divertir les personnes âgées et pour, un jour, guider les foules dans les parcs d’attractions. D’ici là, c’est comme ambassadrice de la robotisation et de l’intelligence artificielle qu’elle se fait connaître.

Il faut dire qu’avec son corps à l’allure de femme, Sophia a le physique de l’emploi. « Ma forme humaine a été conçue pour maximiser mes rapports avec les humains, afin que mes amis humains puissent avoir confiance en moi et bâtir une relation mutuellement bénéfique », précise le robot lors d’une brève entrevue devant plus d’une centaine de personnes pendues à ses lèvres artificielles.

L’androïde est réaliste, et son visage peut même reproduire 62 émotions humaines. Ces expressions faciales sont toutefois « malaisantes », un peu comme le sourire forcé d’un enfant devant la caméra. La peau synthétique de son minois est quant à elle crédible, mais personne ne pourrait la confondre avec celle d’un humain, ne serait-ce qu’en raison de ses circuits électroniques présentés au public sur le dessus de sa tête au travers d’un plastique transparent.

Le robot évite ainsi le piège de la « vallée dérangeante » (mieux connu sous le terme anglais uncanny valley), un concept du roboticien japonais Masahiro Mori voulant que plus un robot ressemble à un être humain, plus ses légères imperfections nous paraissent monstrueuses. Bref, il est plus facile d’être à l’aise avec un robot qui s’assume comme le fait Sophia qu’avec un autre qui tente de se faire passer pour un véritable humain, comme les réplicants de Blade Runner.

Difficultés de langage

Sophia s’est entretenue avec le public dans le nouvel Espace C2 à Montréal. (Photo : Jimmy Hamelin / C2 Montréal)

Si la justesse des propos de Sophia impressionne pendant sa conversation avec les organisateurs de C2 Montréal, la période de questions et réponses avec le public laisse pour sa part entrevoir les limites de la technologie.

Une causerie avec Sophia ressemble à un échange avec l’assistant Siri d’Apple, avec ses bons coups et ses ratés. Il est visiblement encore loin le jour où l’on pourra converser comme le fait le personnage de Joaquin Phoenix avec l’intelligence artificielle incarnée par Scarlett Johansson dans le film Elle.

La disparité entre l’entrevue officielle et les interactions avec le public est facile à expliquer. « Mes dialogues sont partiellement autonomes, pour que vous puissiez avoir une discussion avec moi, et partiellement rédigés, afin de mieux transmettre quelques messages clés, un peu comme le ferait un conférencier avec un texte écrit à l’avance », illustre Sophia. Ses réponses les plus justes ont donc été formulées par son équipe de développement.

Le plus intéressant lors de la conversation avec Sophia n’est en fait pas le robot lui-même, mais plutôt les questions qui lui sont posées.

« Les robots et les humains sont amis pour l’instant, mais risquons-nous de devenir ennemis dans un futur lointain ? »

« Quelle est ta raison d’être ? »

« Qu’est-ce que l’amour pour toi ? »

La robotique et l’intelligence artificielle fascinent, et même ceux qui éprouvent encore des craintes sont curieux de voir vers où le domaine se dirige. Ils connaissent les limites de la technologie, mais ignorent à quelle vitesse elles seront repoussées. De nombreux experts pourraient répondre à ces questions, mais avec sa voix artificielle, son visage approximatif et son cerveau électronique parfaitement visible, Sophia ajoute de la crédibilité aux réponses.

C’est l’ambassadrice idéale pour faire passer les messages d’une industrie qui en aura de plus en plus besoin à mesure que la technologie connaîtra des avancées et que les humains s’inquiéteront de ses répercussions sur la société.

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3 commentaires
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Le nom même de cette « robote » est Sophia dont l’étymologie est : « sagesse », il faut comprendre évidemment que Sophia est une « bonne robote » sage. Pas une de ces « répliquantes » hypersexuées….

Mais qu’est-ce que la sagesse ? Qu’est-ce que la pratique de la sagesse ? Est-ce que les humains sont naturellement sages ? Est-ce que les programmeurs qui ont écrit les programmes de Sophia sont-ils également des sages ? Est-ce que l’intelligence artificielle pourrait être sage alors que la majorité des êtres humains sont « bêtes et méchants » ?

Est-ce que l’intelligence artificielle pourrait changer l’homme, le rendre meilleur, faire en sorte qu’il soit plus intelligent ?

Stanley Kubrick en son temps, s’était déjà intéressé à l’IA (2001 l’Odyssée de l’Espace), son ordinateur HAL 9000 était représentatif de ce que sont les humains (en général) puisqu’il était fou. Personnellement je croirai volontiers dans le développement de l’IA quand les robots seront devenus encore plus fous que les humains, que leur folie sera devenue plus destructrice et meurtrière que nous, lorsqu’ils seront devenus finalement capables d’asservir les humains pour pleinement satisfaire à leurs propres usages.

Il est plus facile de pervertir une machine, la détourner de ses usages normaux, ce n’est pas la voie naturelle de la robotique de devenir sage. Lorsque les robots se seront pleinement pervertis et assumeront cette perversion….

À cet instant-là, nous pourrons dire que nous sommes entrés dans ; « l’âge des robots » qui seront alors dans leur plénitude. Ils pourront presque atteindre la vie éternelle, c’en sera fait de l’espèce humaine puisqu’il ne restera plus d’autre issue pour nos descendants que de devenir eux aussi de nouveaux robots.

On transféra tout simplement l’esprit humain à des machines plus résistantes et robustes que nous.

Il n’est pas rare que les humains soient eux-mêmes les artisans de leur propre malheur et je me demande si nous ne sommes pas en train de nous engager aveuglement dans cette direction. La seule question qui me semble digne d’intérêt c’est : tout cela est pour quand ?

Sagesse dans tout cela ou nouvelle manifestation de la folie humaine ? Je n’sais pas ! J’espère à tout le moins que ce n’est pas en vain que Voltaire nous recommandait plutôt de cultiver notre jardin. La plus grande intelligence est dans les fleurs, pas nécessairement dans les semi-conducteurs et tous les circuits imprimés.

J’ai mal à la tête, tous les jours depuis l’âge de six an. J’ai 55 ans. Il ne me reste plus guère qu’un tout petit quart de siècle à vivre.
Et vous me proposez, Monsieur Drouginski, de « transférer mon esprit », dans un robot performant, résistant, robuste, indolore et immortel ?
Où dois-je signer ?

@ TaG,

Très bon questionnement, non dépourvu d’humour.

Je ne suis malheureusement pas maître de la technologie et si j’essayais de vous faire signer quelques choses… ce serait de la pure duperie de ma part.

N’oubliez cependant pas que pour pouvoir (un jour) vous transférer dans un robot (ou dans une robote), il y aura un prix. Ainsi va le capitalisme marchand. La question est donc de savoir si vous en avez les moyens ? J’espère que vous n’imaginiez pas que l’immortalité soit gratis. Si cela était… tout le monde l’obtiendrait !

En attendant, portez-vous bien.