Une allocution de Zuckerberg qui passe mal

Le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg présente son réseau social comme un défenseur de la liberté d’expression à tout prix. Une vision simpliste et dépourvue de nuances, selon ses critiques. 

Photo : Associated Press/Nick Wass

Après avoir encaissé les coups sur tous les fronts depuis plusieurs mois, Mark Zuckerberg est passé à l’attaque jeudi à l’Université de Georgetown aux États-Unis. Dans un discours de près de 40 minutes devant étudiants et chercheurs, l’entrepreneur a notamment défendu sa décision de ne pas bannir les publicités électorales mensongères, comme l’avaient notamment réclamé les candidats à l’investiture démocrate pour les élections américaines de 2020 Joe Biden et Elizabeth Warren.

Dans son discours, Mark Zuckerberg a expliqué que « les citoyens devraient voir eux-mêmes ce que disent les politiciens » et que, selon lui, il ne serait pas correct « pour une entreprise privée de censurer des politiciens ou des médias dans une démocratie ».

Le rôle de Facebook par rapport à la liberté d’expression était au cœur de l’allocution de Zuckerberg. Pour lui, les réseaux sociaux comme Facebook sont désormais un cinquième pouvoir dans la société, qui aurait « décentralisé le pouvoir en le plaçant entre les mains des gens ». La société devrait maintenant choisir entre « continuer à se battre pour donner à plus de personnes une voix pour se faire entendre, ou diminuer la liberté d’expression ».

Il a aussi martelé l’importance de la liberté d’expression en faisant entre autres des parallèles entre Facebook et le mouvement afro-américain pour les droits civiques des années soixante.

« Une opportunité ratée »

Si Zuckerberg souhaitait marquer des points avec son allocution, force est de constater que c’est raté.

« Zuckerberg veut nous faire croire que l’on doit être pour ou contre la liberté d’expression sans aucune nuance, complexité ou spécificité culturelle, malgré le fait qu’il dirige une entreprise qui se noie dans la complexité », se désole le professeur en études médiatiques à l’Université de Virginie Siva Vaidhyanathan, dans un essai publié dans le Guardian.

Le président du fonds de défense de l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP) a quant à lui tenu à remettre les pendules à l’heure par rapport aux propos tenus par Zuckerberg quant aux mouvements pour les droits civiques, dans une lettre publiée par le Washington Post. Selon lui, « Mark Zuckerberg ne connait pas son histoire des droits civiques ».

La fille de Martin Luther King Jr, qui a été mentionné par le fondateur de Facebook dans son allocution, a pour sa part rappelé sur Twitter que les campagnes de désinformation orchestrées contre son père ont contribué à créer le climat qui a mené à son assassinat.

Dans l’ensemble, les différentes analyses du discours regrettent sa simplicité et sa vision binaire de la liberté d’expression. Pour la journaliste Kara Swisher, Facebook a tout simplement « raté une occasion pour présenter des idées nouvelles et intéressantes à propos de sujets cruciaux ».

Piégé par la complexité

Facebook est aux prises avec des problèmes peut-être insurmontables.

Comme l’explique Mark Zuckerberg dans son allocution, si l’entreprise décidait de simplement bannir les publicités électorales, d’autres groupes pourraient publier des annonces directement reliées aux élections.

Avec plus de deux milliards d’abonnés parlant plus de 150 langues, les enjeux de modération sont de taille. Certaines solutions pourraient probablement aider la situation, comme de cesser d’encourager les « j’aime » et les visionnements sur la plateforme, mais celles-ci vont à l’encontre des intérêts de Facebook. Et même là, des problèmes subsisteraient.

Facebook est le plus grand forum public de l’histoire de l’humanité. Le réseau social est peut-être tout simplement rendu trop gros pour être contrôlé ou réformé pour lutter contre la désinformation et ses autres effets néfastes. Comme l’indique Siva Vaidhyanathan dans son essai, identifier qu’une annonce de Donald Trump répand des mensonges sur Joe Biden est facile. Mais faire la même chose sur des millions de publicités politiques partout dans le monde est plus complexe.

Il est difficile d’être contre la liberté d’expression. En tentant de justifier les choix de Facebook de cette façon, Mark Zuckerberg n’est pas sans rappeler le « avec nous ou contre nous » de George W. Bush.

C’est certainement une stratégie plus facile que de s’attaquer aux problèmes, ou même que de reconnaître que l’on n’est tout simplement plus capables de le faire.

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