Une appli de traçage, c’est quoi ?

Les réponses à toutes vos questions sur cette technologie qui pourrait contribuer à freiner la contamination.

Crédit : L'actualité

Quel est le principe de base des applications de traçage ?

Il s’agit d’une application à télécharger sur un téléphone intelligent, qui gardera en mémoire tous les contacts qu’un appareil a eus avec d’autres téléphones à une distance déterminée. Les données peuvent être récoltées grâce à la technologie Bluetooth, qui utilise les ondes radio, ou par les ondes GPS.

À quel moment une application pourrait-elle être offerte au Canada?

Le gouvernement canadien a refusé, après des semaines de tests, la proposition de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila). Ottawa n’a pas encore annoncé s’il allait opter pour l’application de l’entreprise ontarienne Shopify. Les provinces, elles, sont libres de choisir l’appli de leur choix. L’Alberta est la seule à s’être dotée d’un tel outil jusqu’à présent.

Le Québec fait-il passer suffisamment de tests de dépistage pour qu’une telle application soit efficace ?

« Tous les pays qui ont eu du succès avec la recherche de contacts ont une grande capacité de dépistage. On teste beaucoup au Québec, mais on doit continuer d’augmenter la capacité », explique Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Les autorités québécoises disent avoir atteint leur objectif de 14 000 tests par jour. Prochain objectif : 20 000.

Quels pays ont adopté cette technologie ?

Les applications de traçage sont surtout populaires en Asie, notamment en Chine, en Corée du Sud et à Singapour. En Inde, Aarogya Setu (« pont vers la santé », en sanskrit) a été téléchargée plus de 100 millions de fois. Elle soulève cependant des questionnements quant au respect de la vie privée, alors qu’une faille de sécurité permettrait de connaître la localisation des personnes déclarées positives.

À ce jour, la France, l’Italie et la Norvège, entre autres, utilisent des applications de ce genre. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas en sont encore au stade des tests.

L’efficacité de telles applications est-elle prouvée ?

Le traçage rapide et adopté très tôt est l’une des mesures les plus efficaces et rentables, selon une étude (qui n’a pas encore été publiée et révisée par les pairs) de l’équipe du docteur en santé publique Carl-Étienne JuneauD’après l’une des études qu’ils citent, en 2009, lors de la grippe H1N1, la recherche de contacts a représenté un rapport coût-efficacité 4 363 fois plus grand que la fermeture des écoles pour prévenir des décès.

Le Québec est en plein déconfinement. Quelle est l’utilité d’une application à ce stade-ci ?

La mise en marché d’une application de traçage servirait à repérer les contacts et à les isoler le plus rapidement possible advenant une deuxième vague. Le Dr Horacio Arruda a précisé la semaine dernière qu’aucun « confinement total » ne serait imposé si la COVID-19 opérait un retour en force dans les prochains mois.

« Si beaucoup de gens s’en servent, ça va nous donner la chance de prolonger le déconfinement », soutient le Dr Mâsse. L’application devra toutefois être utilisée parallèlement aux autres mesures, comme la distanciation physique et le port du masque.

Les renseignements fournis sont-ils anonymes ?

Les données recueillies par l’application COVI ne sont pas anonymes. « On ne fournit pas de nom, mais ces informations sont assez uniques pour qu’on puisse vous identifier », explique le directeur de l’Institut de la cybersécurité et de la vie privée de l’Université de Waterloo, Florian Kerschbaum.

Nous donnons déjà nos données à Facebook. Quelle est la différence avec le fait de les donner au gouvernement ?

« Les données du traçage sont envoyées à des gouvernements dans le but de contrôler ce qui se passe dans la population, alors qu’une application comme Facebook envoie ces données à une entreprise privée dont le but avoué est la recherche de profits », explique l’expert en cybersécurité Luc Lefebvre.

Il ajoute que même si les deux cas présentent des abus potentiels (et réels), ceux qui pourraient découler d’une application de traçage seraient plus dangereux.

Quelles données ces applications récolteront-elles sur nous ?

L’application COVI, encore en évaluation par le gouvernement du Québec, peut récolter ces informations sur ses utilisateurs : l’âge, le sexe, l’état de santé, les symptômes, les comportements, la localisation géographique approximative, les statistiques de déplacements, l’historique des rencontres, les données analytiques sur l’utilisation de l’application et le résultat du test de dépistage s’il s’avère positif.

L’outil albertain ABTraceTogether n’enregistre, en comparaison, que le numéro de téléphone, les informations sur le téléphone et les données Bluetooth (répertoire des contacts à moins de deux mètres d’autres utilisateurs).

Le gouvernement gardera-t-il infiniment  ces données ?

Dans le plan fourni par l’application COVI, encore à l’étude par Québec, les données seraient détruites à la fin de la pandémie.

Le principe est le même en Alberta. Les données de contacts avec d’autres personnes sont également préservées pendant 21 jours sur le téléphone des utilisateurs d’ABTraceTogether. 

En France, les données sont stockées pendant deux semaines. L’application devra être désactivée dans les six mois suivant la fin de l’état d’urgence.

Quel pourcentage de la population doit posséder l’application pour qu’elle soit efficace ?

Selon une modélisation faite par des scientifiques de l’Université d’Oxford, en Angleterre, une application de traçage ne permettrait de contenir la pandémie que si 56 % de la population la téléchargeait et l’utilisait. « L’application réduit le taux de mortalité et le nombre de cas, peu importe son niveau d’assimilation », nuancent néanmoins les auteurs de l’étude.

Il sera toutefois difficile d’atteindre de tels taux. L’Islande, le pays où le téléchargement volontaire est le plus élevé, culmine avec seulement 40 %

Le Canada ou le Québec pourraient-ils obliger les citoyens à télécharger leurs applications ?

Aucune annonce officielle n’a été faite à Québec ou à Ottawa concernant l’obligation d’utiliser une appli de traçage. En mai, Justin Trudeau avait effleuré la question, précisant que son utilisation serait « volontaire ».

Que faire avec ceux qui n’ont pas de téléphone ?

Un Québécois sur quatre n’a pas de téléphone intelligent, une proportion qui grimpe à 59 % pour les 65 ans et plus — pourtant la tranche de la population la plus touchée par la COVID-19.

Pour contrer ce problème, la France met actuellement au point une montre connectée qui aurait les mêmes fonctionnalités que les applications et qui pourrait être offerte aux personnes n’ayant pas accès à un téléphone. Son coût ? Entre 60 et 75 dollars canadiens. 

Mila, l’institut derrière l’application COVI, se penche également sur cette problématique. « On est en discussion avec différents groupes dans le monde qui sont en train de mettre au point des petits dispositifs Bluetooth qui posséderaient la fonctionnalité de COVI. Ils pourraient être connectés au téléphone de quelqu’un d’autre et ne coûteraient que 5 à 10 dollars », affirme le directeur scientifique du Mila, Yoshua Bengio.

En collaboration avec Camille Lopez.

Laisser un commentaire
Les plus populaires