Une IA a imaginé le gâteau de fête de ma fille

Depuis qu’il a découvert les intelligences artificielles capables de générer des images, comme DALL-E et Midjourney, notre chroniqueur techno en fait différents usages.

Un gâteau en forme de licorne imaginé par deux intelligences artificielles (à gauche), et le résultat final (à droite), créé par une pâtissière professionnelle. Photos : Maxime Johnson / Midjourney / DALL-E.

Les gâteaux en forme de licorne se suivent et se ressemblent souvent, avec leur glaçage blanc, leur forme cylindrique élevée à un étage, leurs longs cils et leur corne à l’avant. Il suffit d’une visite dans une pâtisserie ou d’une recherche sur le Web pour s’en convaincre. Ils sont jolis, mais à mon humble avis, ma fille qui fêtait ses cinq ans cet été méritait quelque chose d’unique.

Je n’avais toutefois pas de meilleure idée que ce qu’il était possible de trouver sur Google Images. Et bien honnêtement, je n’aurais de toute façon pas été en mesure de dessiner ma vision si j’en avais eu une. J’aurais pu demander à une pâtisserie de créer le gâteau, mais j’avais envie de mettre la main à la pâte.

C’est finalement Midjourney, l’un des outils d’intelligence artificielle capables de générer des images dont je parlais dans cet article paru ce mois-ci dans L’actualité, qui m’a sorti de l’impasse. En faisant plusieurs essais avec des phrases comme « Un gâteau en forme de licorne pour un enfant », j’ai obtenu des dizaines de modèles variés. Ils n’étaient pas tous réussis, et certains étaient trop abstraits au goût de ma fille, mais j’en ai trouvé un assez unique, qui satisfaisait à la fois mes envies créatrices et l’amour des licornes de ma fille.  

Certains des gâteaux générés par un outil d’intelligence artificielle. Photo : Maxime Johnson / Midjourney.

J’ai ensuite peaufiné le design du gâteau à l’aide d’une autre intelligence artificielle, DALL-E, qui est capable de modifier des parties d’une image (la licorne sur le gâteau original avait deux cornes et un air méchant). J’ai envoyé le résultat final à Isabelle Leroux, pâtissière et propriétaire de Mlles Gâteaux, à Montréal.

« C’est étrange comme image, car certains éléments sortent de l’ordinaire. Les proportions du gâteau sont inhabituelles, par exemple, et la texture du glaçage semble se situer entre un fondant et une crème au beurre », observe la pâtissière.

Autrement dit, un humain n’aurait pas créé le gâteau de cette façon. Isabelle Leroux l’a reproduit tel que je le lui ai demandé, mais selon elle, il aurait été possible d’améliorer le résultat, notamment en remodelant la tête de la licorne.

C’est tout de même un gâteau joli et unique qui a été servi lors de la fête de ma fille. Et surtout, les enfants l’ont adoré.

Des usages concrets pour les IA

Le gâteau de fête en forme de licorne n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de tout ce qu’une personne pourrait faire dans sa vie de tous les jours avec les outils d’intelligence artificielle comme DALL-E, Midjourney et Stable Diffusion (un modèle plus récent, mais ouvert et gratuit).

Au cours des derniers mois, j’ai par exemple créé avec ma copine différentes photos virtuelles de fausses maisons, en reprenant le style d’architectes célèbres plutôt connus pour leurs travaux sur de grands édifices. Quand les cadres seront achetés, les images prendront place sur un mur vide depuis trop longtemps dans notre appartement. Les couleurs, les architectes, le style, tout a été peaufiné pour répondre à nos goûts précis.

Récemment, j’ai aussi été frappé par l’occasion ratée qu’est la rue Saint-Paul, dans l’ouest du Vieux-Montréal. À cet endroit, la circulation automobile est permise. Les piétons s’entassent sur le trottoir tandis que la rue, elle, sert surtout de stationnement. En quelques modifications avec DALL-E, j’ai tenté de voir de quoi pourrait avoir l’air ce bout de rue s’il était piétonnier.

Encore ici, un professionnel aurait certainement pu faire mieux, mais je n’aurais pas payé un urbaniste pour illustrer un de mes tweets. Quelqu’un pourrait faire le même exercice pour vendre le concept de ruelle verte à ses voisins, par exemple, plutôt que de seulement expliquer son projet avec des mots.

J’ai aussi utilisé les outils d’intelligence artificielle pour jouer avec mes enfants, notamment pour leur faire imaginer des concepts farfelus qu’on a ensuite imprimés et coloriés avec des crayons de bois (comme un ours dansant sous une boule disco). DALL-E nous a également permis de nous voir avec de nouvelles coupes de cheveux, et je compte aider bientôt mes enfants à créer une image plus complexe, que l’on pourra faire imprimer sous forme de casse-tête.

Au-delà de l’art et du travail, la créativité

La question de l’effet qu’auront les intelligences artificielles génératrices d’images sur les métiers artistiques est souvent mise en avant lorsque DALL-E, Midjourney et les autres outils du genre sont discutés.

C’est normal. Plusieurs professions risquent d’être touchées par de tels outils, surtout à mesure qu’ils s’amélioreront. Mais l’anecdote du gâteau de fête illustre aussi que la technologie peut profiter à monsieur et madame Tout-le-Monde.

En début de carrière, Steve Jobs présentait souvent l’ordinateur comme un « vélo pour l’esprit », qui permet à notre cerveau d’aller plus loin que par lui-même. L’intelligence artificielle génératrice d’images permet pour sa part de mieux créer, et ce, à tout âge, que l’on sache ou non dessiner, peindre ou photographier. Pour reprendre la formule, c’est un vélo pour la créativité.

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Voilà un belle prouesse technique que je peux apprécier comme praticien de l’IA. Mais… Suis-je le seul à voir un problème d’éthique quand un modèle d’IA, qui remplacera à une échelle industrielle des artistes et leurs moyens de subsistance, utilise pour s’entraîner des œuvres d’artistes collectées sur Internet sans leur autorisation et sans contrepartie financière.

Cela dit, je n’ai aucun problème avec les projets restreints à des fins scientifiques. Ce n’est pas parce quelque chose est techniquement faisable qu’elle est souhaitable et qu’il faille nécessairement la réaliser.

Comme il est impossible de revenir en arrière, ou « désinventer » une technologie existante, la solution devrait venir du débat démocratique puis de la mise en place de règlements et de lois pour contrôler les abus, incluant des traités internationaux. Cela dit, la création de lois devrait être plus rapide et plus réactive pour s’accorder au rythme de la technologie.

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

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