Une intelligence artificielle pour satisfaire vos envies d’information

La jeune pousse montréalaise Waverly souhaite assainir la consommation des médias sur Internet à l’aide d’une intelligence artificielle empathique, capable de comprendre les désirs du lecteur. 

Crédit :L'actualité

C’est en analysant les articles que consultent leurs utilisateurs, les vidéos qu’ils regardent et les gros titres qu’ils prennent le temps de lire que les réseaux sociaux savent quel contenu sera le plus populaire sur leur plateforme. Ou du moins, lequel risque de rapporter le plus de dollars en publicité. Bien souvent, ce sont malheureusement les articles les plus polarisants et faciles d’approche qui dominent les Facebook et Twitter de ce monde.

Mais le contenu sur lequel une personne clique n’est pas forcément celui qu’elle souhaiterait consulter. « Nos doigts cliquent sur les nouvelles qui nous rendent anxieux et génèrent des émotions fortes. Mais le soir, quand on réfléchit à notre utilisation des réseaux sociaux, on a une réflexion différente. On aimerait avoir lu autre chose. Malheureusement, ces réflexions ne sont jamais captées par ces plateformes », se désole Philippe Beaudoin, cofondateur et PDG de Waverly, une jeune entreprise montréalaise qui fonctionnait en mode incognito depuis quelques mois et qui est sortie de l’ombre pour la première fois la semaine dernière. 

L’entrepreneur en série — un ancien de Google qui a aussi cofondé l’entreprise d’intelligence artificielle montréalaise Element AI — croit qu’une autre solution existe : l’intelligence artificielle (IA) empathique. 

« L’IA empathique, ce n’est pas une nouvelle technologie ou une récente invention. C’est une nouvelle intention », explique-t-il. Au lieu de capter des signaux inconscients de l’utilisateur (comme la vitesse à laquelle il fait défiler son écran) et de simples mots-clés, une IA empathique pourrait employer la reconnaissance du langage naturel pour saisir des réflexions complexes et proposer un contenu d’une meilleure qualité, qui correspond aux envies de la personne devant l’écran. 

Waverly en est à ses balbutiements et le concept pourrait donc encore évoluer, mais pour l’instant, Philippe Beaudoin imagine une application mobile distincte qu’on ouvrirait pour s’informer, et à partir de laquelle on pourrait ensuite partager du contenu sur les réseaux sociaux. Waverly agrégerait autant du contenu de grands médias généralistes que de publications spécialisées et de créateurs indépendants. L’application demanderait toutefois un certain effort de l’utilisateur, qui devrait répondre à des questions posées par le logiciel pour indiquer ce qu’il souhaite lire. Il devrait aussi expliquer pourquoi un contenu a été apprécié ou non, et ce, avec plus de précision qu’en affichant un simple pouce en l’air. 

Pour le cofondateur de l’entreprise, une intelligence artificielle empathique pourrait défaire les bulles de filtres, où les internautes sont exposés seulement aux opinions qui renforcent leurs convictions. Elle pourrait aussi faire diminuer l’anxiété et la polarisation qui sont créées par les plateformes actuelles. 

Il reste encore à déterminer certains éléments importants de l’entreprise, notamment son modèle d’affaires. Avec ses cofondateurs Michael Kronish (VICE Media) et Patrick Fauquembergue (Magasin Général Media), ainsi que le conseiller Sylvain Carle (Twitter, Real Ventures), Philippe Beaudoin explore de nombreuses avenues en ce moment, comme l’abonnement mensuel, par exemple. « Tous les modèles que l’on envisage fonctionneraient sans publicité », précise-t-il toutefois. 

L’entreprise espère également travailler de concert avec des créateurs de contenu. « On a eu des discussions préliminaires avec de grands journaux pour voir ce qui ne fonctionne pas dans le modèle actuel », poursuit l’entrepreneur. Son souhait : que Waverly puisse contribuer à soutenir l’information locale et le contenu de qualité.

Détail intéressant : le fait que l’application soit développée à Montréal pourrait lui conférer un avantage important sur la scène internationale. « Dès le début, on va être exposé à une population bilingue. Si on veut réussir dans le monde, il faut permettre aux gens de s’exprimer dans leur propre langue », croit le PDG de Waverly. Les produits développés dans la Silicon Valley sont généralement conçus et testés par une population unilingue. Un outil élaboré à Montréal devrait mieux gérer le fait qu’un utilisateur puisse vouloir interagir en français avec l’application, mais lire aussi bien du contenu anglophone que francophone, par exemple.

Avant d’en arriver là, l’entreprise doit toutefois confirmer ses sources de financement et accélérer son recrutement (un seul employé a été embauché pour l’instant). Philippe Beaudoin estime qu’une version alpha préliminaire de l’application pourrait être prête pour le milieu 2021, et qu’une version bêta accessible au public pourrait être lancée au début 2022.

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