Une petite révolution dans les nouveaux Mac

En remplaçant son microprocesseur Intel par un microprocesseur maison, Apple fait faire un pas de géant à son nouveau MacBook Pro. Notre chroniqueur techno, Maxime Johnson, l’a mis à l’essai.

Crédit : L'actualité

Apple avait promis de frapper un grand coup en annonçant l’été dernier son intention d’équiper ses prochains ordinateurs de puces inspirées de celles que l’on trouve dans les iPhone et les iPad. Après quelques jours d’essai, force est de constater que cette technologie dépasse les attentes.

Les trois ordinateurs lancés cette semaine (le Mac mini pour le bureau et les portatifs MacBook Air et MacBook Pro de 13 pouces — le modèle mis à l’essai ici) sont dotés de l’Apple M1, le nouveau système sur puce semblable à celui qui équipe les téléphones de la série iPhone 12.

Maintenant qu’il n’est plus contraint par le petit boitier d’un téléphone et qu’il est installé dans un ordinateur (ce qui lui permet de mieux évacuer la chaleur et donc de gagner en puissance), ce microprocesseur bat des records. Dans les tests de performance, le M1 d’Apple fait mordre la poussière à la plupart des processeurs Intel et AMD pour ordinateurs portatifs, même s’il consomme moins d’énergie. En plus, le ventilateur du MacBook Pro ne s’active pratiquement jamais, ce qui assure un fonctionnement silencieux.

Le MacBook Pro a été soumis à une batterie de tests de performance, comme Cinebench R23. Photo : Maxime Johnson.

Ses performances graphiques (le M1 combine plusieurs composants, comme le processeur et les cœurs graphiques, d’où l’appellation de système sur puce) se comparent quant à elles avec celles de cartes graphiques utilisées dans des ordinateurs de bureau datant de quelques années seulement. Pour une si faible consommation énergétique, il s’agit d’un tour de force.

L’autonomie du MacBook Pro est d’ailleurs la meilleure à ce jour pour un Mac. Dans le cas d’un usage léger (Web, bureautique, vidéos), on peut s’attendre à tenir de 15 à 20 heures environ avec une seule charge. Même après avoir effectué une batterie de tests exigeants, l’ordinateur mis à l’essai était toujours à 85 % de sa charge. Un MacBook Pro de 16 pouces de 2019 ayant été soumis au même régime tombait quant à lui sous les 50 %.

Une telle autonomie n’est pas unique dans l’industrie. Plusieurs modèles PC promettent aussi plus de 20 heures d’utilisation sa recharge, mais ceux-ci sont dotés de composants moins puissants. Sans tomber dans l’hyperbole, on peut dire que par rapport aux ordinateurs similaires (assez minces et offrant une bonne autonomie), le nouveau MacBook Pro avec puce M1 est dans une classe à part.

L’ordinateur a tout de même ses limites, bien entendu. Des modèles qui sont équipés d’une carte graphique dédiée (comme le MacBook Pro de 16 pouces mentionné plus haut et les PC pour les jeux) peuvent accomplir certaines tâches plus rapidement, quand vient le temps d’effectuer de l’analyse de données ou du montage vidéo, par exemple.

Logiciels optimisés, ou non

Il y a aussi un bémol important à toutes les louanges que l’appareil risque de s’attirer. Pour fonctionner à son plein potentiel, le processeur d’Apple requiert que les logiciels aient été optimisés pour lui. Aucune liste exhaustive n’existe, mais seules quelques dizaines d’applications semblent avoir été mises à jour pour l’instant — à commencer, bien sûr, par celles d’Apple, comme Safari, Pages et Final Cut Pro.

En délaissant Intel, Apple ne change pas seulement de fournisseur, mais adopte carrément une nouvelle architecture informatique. Ce sont des technologies différentes, avec lesquelles les logiciels n’interagissent pas de la même façon. Quand un logiciel n’est pas optimisé, celui-ci doit être « traduit » par le système d’exploitation, ce qui a pour effet d’en réduire les performances.

Même sans être optimisés pour l’Apple M1, les jeux essayés sur le MacBook Pro étaient généralement fluides. Photo : Maxime Johnson.

Les conséquences d’un logiciel non optimisé varient beaucoup d’un à un autre. Antidote 10, Audition, Chrome, Photoshop et Word sont parfaitement réactifs avec M1 en transitant par Rosetta 2, le nom donné au « traducteur » d’Apple. Certaines tâches sont toutefois plus lentes, comme l’exportation d’un long fichier vidéo dans Premiere Pro. Le flux d’un logiciel comme la boutique de jeux Steam semble quant à lui saccadé, mais il s’agit là d’une exception dans les logiciels mis à l’essai. 

Il y aura surement d’autres exceptions, mais les logiciels non optimisés ne représenteront probablement pas un gros problème pour les utilisateurs moyens. Un professionnel qui a des besoins précis serait toutefois bien avisé de vérifier la compatibilité des logiciels qu’il utilise et leur efficacité sur le M1 avant de changer d’ordinateur.

Notons qu’en adoptant le processeur de l’iPhone, les nouveaux Mac offrent un autre avantage : celui de pouvoir installer des applications iOS et iPad. L’idée semble intéressante de prime abord, mais, en pratique, ces logiciels s’affichent dans une petite fenêtre et le passage d’une interface tactile à une interface nécessitant un clavier et une souris n’est pas toujours réussi. Cette fonctionnalité ne sera probablement que peu utilisée. Et Apple ne compte pas équiper ses ordinateurs d’écrans tactiles, même si l’interface de Big Sur, la dernière version de son système d’exploitation macOS, s’inspire beaucoup de celle de l’iPhone.

Période de transition

Le MacBook Pro reprend le design de ses prédécesseurs, mais offre quelques nouveautés, comme des microphones améliorés. Photo : Maxime Johnson.

À l’heure actuelle, Apple continue de vendre des ordinateurs dotés de puces Intel, en plus des trois nouveaux modèles équipés de la puce M1. L’entreprise prévoit que cette période de transition durera deux ans. Au cours des prochains mois, les modèles restants, comme les ordinateurs tout-en-un iMac et les MacBook Pro plus puissants, qui peuvent être équipés de plus de mémoire vive et de cartes graphiques dédiées, devraient donc être remplacés à leur tour par des modèles dotés de puces Apple. 

Il est habituellement recommandé d’attendre une ou deux générations avant d’acheter une nouvelle technologie qui arrive sur le marché, le temps que les défauts soient corrigés et que les oublis soient réparés.

Les Mac avec puce M1 se démarquent toutefois dès la première version (du moins le MacBook Pro, mais les conclusions devraient être les mêmes avec le MacBook Air et le Mac mini). Pour un utilisateur moyen, les forces — l’autonomie et les performances — devraient surpasser les inconvénients causés par la transition. Le fait que les ordinateurs se bonifieront avec le temps, à mesure que les développeurs adapteront leurs logiciels, ne sera que la cerise sur le gâteau.

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