Une vie en vaut-elle plusieurs ?

Une voiture sans conducteur doit-elle être programmée pour sacrifier ses passagers si cela permet de sauver davantage de vies ? 

 

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Photo : pexels.com

Voici une situation hypothétique. Vous roulez à 120 km/h sur une route au bord d’un ravin, au fond duquel nagent des requins affamés, dans une mer déchaînée. Dans la voie inverse, un autobus scolaire bondé d’enfants approche rapidement. Soudain, c’est la catastrophe : une crevaison vous fait perdre le contrôle de votre voiture !
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Soit vous donnez un coup de volant sur la gauche, dans l’espoir d’arrêter votre course contre l’autobus et survivre. Soit vous donnez un coup de volant vers la droite et plongez vers votre mort imminente.

Bref, c’est vous ou les enfants. Que faites-vous ?

Dans les faits, vous ne vous poserez jamais cette question. Car quand bien même cette situation si improbable survenait— ce que je ne souhaite à personne —, ce seraient vos réflexes plutôt que votre sens moral qui trancheraient.

Mais bientôt, cette décision ne vous appartiendra même plus. Pourquoi ? Parce qu’un ordinateur tiendra le volant à votre place.

Les voitures autonomes de Google ont déjà franchi plus de 1,6 million de kilomètres sur les routes californiennes. Volvo lancera une voiture sans conducteur sur les autoroutes de la Suède d’ici 2017. GM, Volkswagen, Audi, Mercedes, Ford et Tesla promettent aussi une forme ou une autre d’automatisation d’ici quelques années.

Contrairement à un être humain, une fraction de seconde suffirait à un algorithme pour étudier notre situation hypothétique initiale. Son choix — les enfants ou vous — dépendra de sa programmation… et donc des humains. D’où l’importance de répondre à cette question : les voitures autonomes doivent-elles protéger la vie de leurs passagers à tout prix ?

«J’espère que vous ne m’appelez pas pour avoir la réponse ! s’exclame en riant Dany Rondeau, professeure en éthique et philosophie pratique à l’Université du Québec à Rimouski. C’est le dilemme du tramway fou qui devient réalité.»

Dans ce problème éthique, vous pouvez sauver les passagers d’un tramway incontrôlable, mais uniquement au coût d’une autre vie. Il est utilisé depuis longtemps dans les cours de philosophie pour aborder l’utilitarisme (le plus grand nombre l’emporte) et le déontologisme (tuer une personne pour en épargner plusieurs est immoral).

Aujourd’hui, le dilemme du tramway fou s’apprête à sortir des cégeps pour se retrouver sur la place publique. Nous devrons, collectivement, choisir entre une programmation utilitaire ou déontologique pour nos voitures sans conducteur.

À moins que nous options pour l’individualisme. Nous pourrions ainsi personnaliser nos véhicules, de la même façon que nous modifions le fond d’écran de nos téléphones intelligents, pour indiquer à l’ordinateur qui prioriser en cas d’accident.

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2 commentaires
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Cela m’inquiète un peu cette automatisation de l’automobile. Certain que pour une clientèle ne pouvant conduire (aveugle, paraplégique ou autres) c’est un réel progrès. Mais qu’arrivera-t-il si une mise à jour est nécessaire, un rédemarrage spontané du véhicule pourrait être très dangereux?

Malgré que 80% des accidents soient causés par une erreur du conducteur (l’erreur est humaine…), je préfère tout de même avoir le contrôle de mon véhicule. Ça demeure tout de même une question éthique intéressante.

Au sujet du dilemme du tramway, sauver le plus grand nombre semble être la solution logique quoique qu’imparfaite et immorale. Comme dans moults films, le héros doit se sacrifier parfois (je vais les retenir un peu avant de mourir).

La situation hypothétique du début n’a de sens que dans les films américains. Les crevaisons n’occasionnent plus de perte de controle aujourd’hui, même à haute vitesse.
Par contre, le dilemme reste intéressant, parce qu’on voit une rupture entre la logique (qui consiste à sacrifier une vie pour sauver les autres) et nos émotions (qui condamne tout le monde parce que la protection de notre propre vie l’emporte sur le reste).