Vers le paiement sans argent, sans carte et sans téléphone

Le paiement biométrique, où une photo remplace votre carte de crédit, prépare son arrivée dans les commerces. Voici comment votre expérience à la caisse pourrait un jour changer.

simplehappyart / Getty Images / montage : L’actualité

L’époque où il fallait absolument sortir une carte de son portefeuille, traîner de l’argent ou utiliser son téléphone intelligent pour payer dans un magasin tire-t-elle à sa fin ? L’émetteur de cartes de crédit Mastercard semble le croire. L’entreprise mise désormais sur la technologie biométrique, qui se sert des caractéristiques physiques uniques d’une personne — comme ses empreintes digitales ou la forme de son visage — pour l’identifier. Son Biometric Checkout Program, dévoilé fin mai 2022, permettra donc, si les premiers essais se déroulent bien, de payer en montrant son visage à une caméra.

Pour pouvoir procéder ainsi, il faut d’abord s’enregistrer à l’aide d’une application mobile, en précisant dans quels commerces on compte payer de cette façon, puis en prenant une photo de son visage.

« La photo est ensuite détruite, ce ne sont que les données biométriques chiffrées qui sont enregistrées par une entreprise spécialisée en biométrie », explique Matt Prodger, vice-président mondial, évolution des produits chez Mastercard. Les téléphones dotés d’une fonction biométrique, comme Face ID d’Apple, suivent ce même principe ; dans ce cas, toutefois, la représentation mathématique du visage est stockée sur une puce dans l’appareil, et non dans un centre de données.

Une fois au magasin, l’utilisateur du système de Mastercard doit sourire à une caméra (qui pourrait être intégrée à une caisse libre-service, par exemple). La photo prise alors est convertie en données biométriques, qui sont comparées avec les identités enregistrées dans le nuage afin de lier le client à son numéro de carte de crédit.

Lors d’une démonstration au nouveau centre technologique de Mastercard à Vancouver, où L’actualité était invitée, l’opération semblait aussi simple et rapide qu’on peut l’imaginer. 

Notons que la biométrie est déjà bien implantée dans l’industrie du paiement. Tant Mastercard que Visa offrent par exemple aux banques la possibilité d’émettre des cartes dotées de lecteurs d’empreintes digitales. Le paiement avec seulement son visage, lui, est pour l’instant unique en son genre. 

Confirmer l’identité à l’ère d’Internet

L’utilisation de la biométrie représente d’une certaine façon un retour à une autre époque, lorsqu’un marchand reconnaissait ses clients en les voyant passer la porte. Il n’avait pas besoin de preuve d’identité ou de mot de passe pour porter un achat à leur compte.

« C’est un peu le problème fondamental qu’on essaie de résoudre : comment faire confiance à quelqu’un quand on ne le connaît pas et, dans le cas d’une transaction par Internet, qu’on ne peut même pas le voir », explique Matt Prodger.

Habituellement, les entreprises de paiement comme Mastercard, mais aussi les banques, analysent des centaines d’informations au moment d’une transaction pour évaluer son niveau de sécurité.

« Mastercard possède une liste de plus de 7 milliards de paramètres liés à l’identité, comme des adresses courriel. Si un voleur crée une adresse pour effectuer une transaction frauduleuse, le système va nous signaler qu’elle semble nouvelle et qu’il y a un risque », illustre Nima Sepasy, vice-président, innovation et développement de produits chez Mastercard.

L’entreprise se sert de l’intelligence artificielle pour évaluer le risque associé à la transaction à l’aide de plusieurs critères. Ainsi, un commerce ou un site transactionnel sera jugé plus sûr si la personne y a déjà fait un achat. Même principe pour l’appareil utilisé dans le cas d’un achat en ligne, qui sera considéré comme plus sécuritaire si la personne s’en est déjà servie pour faire une transaction avec le même compte de carte de crédit. 

D’autres facteurs sont pris en compte, en personne et en ligne, comme le nombre de transactions dans les dernières heures et la vitesse à laquelle un formulaire est rempli (si c’est trop vite, ça révèle qu’un logiciel automatisé est à l’œuvre ; si c’est trop lent, ça indique que les informations personnelles ne sont peut-être pas connues par cœur). Après une analyse de quelque 50 millisecondes, une note sur 1 000 est envoyée à la banque, qui décide d’accepter ou non la transaction.

La biométrie permet d’identifier la personne, mais elle ajoute aussi une couche d’assurance supplémentaire quant à la légitimité de la transaction.

Plusieurs questions en suspens

Ce programme de paiement par reconnaissance faciale est à l’essai au Brésil seulement pour le moment, et plusieurs questions demeurent.

On ignore par exemple quelle sera l’efficacité du système. Même le meilleur des téléphones intelligents ne reconnaît pas son propriétaire parfois. Quelles balises seront installées pour empêcher notamment que le système se trompe entre deux personnes qui se ressemblent ?

Comme le rappelle la chercheuse Rita Matulionyte de l’École de droit de l’Université Macquarie, en Australie, la majorité des algorithmes de reconnaissance faciale sont moins précis avec les gens provenant de minorités raciales et ethniques. « La technologie s’est améliorée au cours des dernières années, mais elle n’est pas sans faille », note-t-elle dans une analyse du système de Mastercard publiée sur le média en ligne The Conversation.

Il reste aussi à voir si le public est prêt à adopter ce moyen de paiement. Selon Mastercard, 74 % des consommateurs seraient intéressés par une telle technologie. Mais dans un sondage publié le mois dernier par Capterra, une division de l’entreprise de recherche américaine Gartner, seulement 25 % des Québécois affirmaient être à l’aise avec l’idée de partager leurs données biométriques avec des entreprises privées.  

Heureusement, le programme a été présenté comme optionnel. Lorsqu’il arrivera un jour au pays (aucune date de lancement n’a été confirmée), ce sera donc à chacun de décider s’il préfère ou non payer avec son visage.

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