Lundis au soleil, la lumière à travers la crise 

Ils avaient tout prévu, tout réfléchi. Un projet de resto lumineux comme tout, pour les gens du quartier Villeray. Olivier Martinez, Karina Tétrault et Charles Thibault ont ouvert la veille de la fermeture des écoles, le jour avant la crise. Voici l’histoire d’un resto qui a décidé de garder le cap, quitte à tout changer. 

Photos par Sara Barrière-Brunet

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Les trois amis se sont installés sur la rue Jarry, dans un local qui abritait jadis un dépanneur. C’est Olivier Martinez qui a dessiné l’espace, tout en lumière et en délicates teintes rosées. Avec Karina Tétrault et Charles Thibault, ils ont préouvert la veille du grand confinement à la mi-mars. Sans savoir que leur beau grand local ensoleillé serait occupé principalement par eux, et qu’ils devraient revirer leur tablier de bord. 

«À trois, on cumule près de 50 ans d’expérience en restauration», lance Charles Thibeault, le plus verbomoteur du trio. Les complices ont tous fait leurs dents en bossant à la Buvette chez Simone. Ils y ont sans doute développé cette agilité qui a permis de métamorphoser le commerce. De bistrot sans prétention à l’européenne, Lundis au soleil se définit temporairement comme un comptoir pour emporter avec une carte des vins bien vivante. 

Pour ce faire, ils ont réaménagé l’entrée du resto, affectueusement renommée le «sas». Les clients peuvent commander, un à la fois, parmi les plats à petits prix travaillés par le chef Frédéric Bourgault comprenant sandwich au jambon, endives à la sauce gribiche ou encore les lentilles vinaigrette. Derrière les vitres sont exposées les bouteilles de vin sélectionnées par le trio, à prix de crise. Cette mouture de l’établissement attire déjà une clientèle de proximité, incluant les pompiers de la caserne d’à côté qui sont maintenant des réguliers. 

Mais la vraie incarnation de Lundis au soleil trouve ses origines dans l’art de vivre à l’européenne. Car ils partagent un lien d’attachement très fort avec certains pays du Vieux Continent. Olivier est d’origine espagnole et y a vécu, Karina s’est posée quatre ans à Paris et Charles a vécu quelque temps en Espagne et en Italie. «Ça fait partie du quotidien des gens là-bas, qui retournent aux mêmes places, c’est moins un événement de sortir, explique Charles, qui décèle chez les Européens une vision plus décontractée des sorties au resto. On avait envie de quelque chose qui soit simple, convivial, avec une touche festive. Et que ça lève gentiment en soirée, qu’il y ait du monde, de la vie, de l’action.»

En Espagne, ce type de commerce s’appelle Ultramarinos. «C’est une épicerie de produits importés, un peu comme une épicerie fine, où on peut manger sur place avec un verre de vin», précise Olivier. «Nous, on voyait bien l’idée, ajoute Charles. Une conserve, un pain grillé, deux verres de vin. C’est simple, pas de flafla.» 

Les conservas, des importations issues de la pêche durable, auraient eu une belle place sur le menu, «la carte qui n’a jamais vécue» comme la présente Olivier.  

Soleil, soleil

Les trois amis affichent un regard quand même optimiste malgré la crise sanitaire. «En dehors du restaurant, il y a toute cette déprime qui nous habite. C’est dur de dissocier les deux. Après, on est quand même heureux d’ouvrir un restaurant, affirme Karina, un sourire se dessinant sur son visage. On s’imagine ouvrir un jour, on espère passer à travers la crise. On ressent de la solidarité, on rencontre les voisins malgré la distance.» Les autres acquiescent en hochant la tête. 

On se dit que le nom choisi colle bien à l’esprit. Le bistrot devait d’abord porter le nom d’Ultramarinos. Trop associé à la culture espagnole, le trio a décidé de laisser tomber. Alors qu’ils étaient rassemblés pour cogiter, à tenter de trouver un nom, Olivier a lancé l’idée de Jour de fête, un classique de Jacques Tati. «On a sorti un autre nom de film, Los lunes al sol (Lundis au soleil), un film espagnol. C’est super heureux, enjoué», raconte Charles. Les entrepreneurs ont découvert par la suite l’existence de la chanson Lundi au soleil de Claude François. «Au final, il y avait plein de références qui faisaient plaisir», complète Karina. 

Et finalement, ce concept définit assez bien la vie qu’ils aimeraient mener. «Les lundis, nous aussi on aimerait les passer au soleil. Il y a aussi l’idée de ne pas toujours être disponible et ouvert. On a aussi l’envie de travailler pour nous-mêmes, d’avoir une vie heureuse», explique Charles. 

On comprendra que l’établissement est ouvert «tous les autres jours», car il faut bien profiter de la vie.  

 

Lundis au soleil

801, rue Jarry

Ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 19h. 

Surveillez leur page Facebook, le resto lancera prochainement un service pour les commandes en ligne.

 

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Un grand merci Sarra Barrière-Brunet pour cet article inspiré et inspirant sur le nouveau resto Lundis au soleil qui donne envie de le découvrir !