SOMMM, ensemble et c’est tout! 

Pour le projet SOMMM, Ariane Moffatt et Étienne Dupuis-Cloutier ont invité des amis et des coups de coeur musicaux, comme FouKi, LaF, Marie-Pierre Arthur, à collaborer en studio. Le résultat s’écoute comme une playlist parfaite pour le printemps! 

L’entrevue se déroule sur la populaire application Zoom. Étienne Dupuis-Cloutier est assis calmement dans sa cuisine, et gère l’espace de réunion. Ariane Moffatt se trouve dans son studio La Classe, seule au milieu de ses instruments, prise avec une connexion internet vacillante, qui heureusement, tiendra le coup pendant la durée de la rencontre virtuelle.

Les deux musiciens présentent ces jours-ci un petit ovni musical sous le nom de SOMMM. Pendant la dernière année, ils ont invité dans leur cocon créatif un bouquet d’artistes d’horizons différents: Rosie Valland, LaF, Clay and Friends, FouKi, Ruffsound, Maky Lavender, Marie-Pierre Arthur. Ces sessions au studio La Classe représentent parfaitement le nom qu’ils se sont donné. «Quand on a trouvé le nom, il y avait beaucoup de mystère sur ce que ce serait au final. La somme, les trois M, c’est un peu nous deux, plus le tiers qui vient compléter pour faire cet espèce de collectif à forme variable», explique Ariane.

La méthode: créer une chanson en une journée. Et ils ont été chanceux, ou bien entourés, car c’est exactement ce qui s’est produit. Les huit pièces qui composent l’album se distinguent les unes des autres, mais forment un tout surprenament cohérent. On passe de mélodies planantes, avec Le ciel s’est renversé à des rythmes hyper dansants comme sur Sunshine. La voix d’Ariane agit comme un fil conducteur qui lie chacune des ambiances musicales peaufinées avec soin par Étienne, alias D R M S.

C’est Ariane qui est allée vers Étienne avec cette idée de projet. Après la production de son dernier album, Petites mains précieuses (2018), elle n’était pas rassasiée. «J’avais une envie de faire des tounes plus pop actuelle. Un peu comme si j’étais restée sur ma faim avec ma propre production d’album. Il y a quelque chose que j’ai pas touché et que j’aurais voulu, souligne Ariane. Au début, on a fait un peu de studio, et après la première journée on avait Danger.» Déjà, elle voyait FouKi ajouter de la magie à la pièce: «J’avais déjà mis ‘zay’ dans mes paroles, j’étais sûre que ça marcherait trop avec FouKi!» Zay, c’est une expression qui veut dire en gros «être vrai» et que le rappeur utilise à toutes les sauces. C’est l’appât parfait. 

Au départ, le but n’était pas du tout de produire un album, mais après avoir publié quelques singles, ils ont réalisé qu’ils avaient le matériel nécessaire pour en faire un tout unique. «Quand on a pris la décision de faire l’album au début de l’année, dans ma tête c’est devenu un projet d’une autre envergure, déclare Étienne. Ça été des heures et des heures pour m’assurer que tout ça a du sens et qu’il y ait une cohérence, pour pas que ce soit un ramassis de chansons.» Un mois s’est écoulé entre le moment où le mixage a été complété et la sortie de l’album. 

Nouvelle génération 

Le choix des collaborateurs s’est fait tout naturellement. Les deux amis ont les mêmes goûts musicaux. «On est vraiment dans quelque chose issu de la nouvelle scène rap, et avec Rosie et Marie-Pierre. Il y a une couleur qui s’est définie par elle-même. Beaucoup aussi parce que cette jeune garde-là est habituée des features et a envie de cette énergie-là», croit Ariane. 

Elle a voulu collaborer avec le groupe de rap LaF depuis la sortie de leur chanson Tangerine. «Les gars de LaF, j’aurais pu les garder quand j’étais jeune!, dit-elle en riant. Il y a un écart, mais pas d’enjeu de génération dans l’énergie en studio.» Ils sont débarqués à La Classe et la toune s’est faite tout naturellement, sans égo et en se lançant aveuglément dans la création. «Je me rappelle LaF: c’est quand même de mixer trois rappeurs, avec Ariane qui faisait les refrains, mais il y a aussi trois producers. Donc on était trois laptops un à côté de l’autre et chacun composait de son bord», ajoute Étienne. Tout le monde avançait vers un but commun. Le résultat, Essence, s’ouvre sur des beats dépouillés et une mélodie aérienne: la fusion entre la voix d’Ariane Moffatt et celles des gars de LaF fonctionne. 

Finir seule, le résultat de la collaboration avec Ruffsound se démarque du lot. «La première fois avec Ruffsound, j’étais en lendemain de party, fragile, et je me demandais si ça allait se passer, se rappelle Ariane, qui voit en lui un musicien à part entière. C’est un gars qui est introverti, qui dégage et on se connaissait pas.» Heureusement, la magie a opéré en studio. «Il fait partie des grosses pointures du rap des quinze dernières années. C’est quelqu’un qui a vraiment une grande ouverture d’esprit, qui a écouté beaucoup de musique. C’est sûr que de le mettre dans un contexte comme ça, il peut shiner. Il est habitué de travailler de cette façon-là», croit Étienne. 

Chacune des rencontres en studio a créé des étincelles, et on se rend compte de la difficulté pour eux de nommer une chanson préférée. Ariane trouve du bon dans chaque pièce: «Je pense à chacun et il n’y en n’a pas un plus que l’autre. Mike Clay qui débarque! Son énergie physique, c’est son énergie sur l’album! Un peu savant fou, qui est dans la rapidité et dans l’impulsivité.» Même chose pour Étienne: «J’étais un gros fan de Rosie Valland. Du moment qu’elle a fait les premières notes, je me suis dit: that’s it, on l’a! Pour moi, ce sont les moments les plus forts en studio.» 

Même facilité avec Macky Lavender, nouveau venu prometteur sur la scène rap anglo, qui a simplement envoyé sa voix déjà enregistrée, prête à être utilisée sur la pièce Get Well Soon: «Macky est le seul qu’on n’a pas vu en vrai. Il a envoyé sa réponse disant: je veux participer au projet et voici ma voix, explique Étienne. C’était enregistré et parfait. Aucune retouche, ça, ça m’impressionne!» 

C’est ça qui est cool avec ce projet-là, on s’en fout des générations, de l’écart d’âge, des familles musicales. On voit que ça prouve que c’est la passion de la musique et de créer ensemble qui nous unit

«C’est ça qui est cool avec ce projet-là, on s’en fout des générations, de l’écart d’âge, des familles musicales. On voit que ça prouve que c’est la passion de la musique et de créer ensemble qui nous unit. Avec Marie-Pierre pour clore cet album-là, je voulais une chanson plus intime. Je lui ai demandé ‘’veux-tu être ma blonde sur la toune Chérie?’’, rigole Ariane. C’est comme ma soeur! C’était une belle session aussi.» 

Dans le contexte actuel, une dose de bonheur et de soleil fait du bien. Même si les ribambelles d’annulations de spectacles et de festivals provoquent des questionnements. «C’est un geste presque politique de continuer, d’être actif comme artiste, croit Ariane. Quand tu as quelque chose à offrir, c’est difficile de se retenir. On a tous le droit de danser dans notre salon et de voir le printemps arriver avec espoir. La musique nous fait du bien. C’est comme un outil pour se resserrer entre nous, et de partager ce qu’il nous reste. À défaut de se voir physiquement. S’évader sans bouger, l’art c’est ça que ça fait.»

L’album de SOMMM sera disponible sur toutes les plateformes numériques dès le 24 avril. 

Le soir même, à 20h, retrouvez Ariane et Étienne sur les pages Facebook et Instagram de SOMMM pour une session d’écoute interactive et commentée avec FouKi, Rosie Valland, Marie-Pierre Arthur, LaF, Clay & Friends, Ruffsound et Maky Lavender.

SOMMM sera sur scène le 12 novembre prochain lors du spectacle d’Ariane Moffatt au Théâtre Corona à Montréal.

 

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