Zen Bamboo, une ode à tout ce qui est grouillant, vivant et gluant 

On décortique les dix pièces de l’album Glu avec le chanteur et parolier du groupe, Simon Larose. 

Lian Benoit

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Avec Zen Bamboo, comme son nom l’indique, on est dans la nature. L’album Glu fourmille de références au vivant, des bactéries aux animaux, en passant par l’importance accordée au fait de se sentir vivant avec le sang (la glu?) qui nous coule dans les veines. 

Les paroles résonnent étrangement avec ce qui se passe sur la planète. «Il y a beaucoup de bouts de l’album qui fittent un peu trop… comme le début de la toune J’<3 vivre où je dis Salut à tous les parasites et aux maladies», souligne Simon au début de notre conversation. Disons que le sentiment d’avoir créé une oeuvre prémonitoire restera en filigrane tout au long de l’entrevue.

DIEU
«J’ai toujours voulu ouvrir un album avec une chanson tranquille depuis Compter les Corps des Vulgaires Machins. Very punk rock, un rêve esthétique que j’avais. Le message d’espoir est caché dans un instant de désespoir, qui rend l’espoir crédible. Avec une progression d’accords assez joyeuse. Il y a aussi le jingle de Pampers dans la toune! Tout sentait la mort, c’est Je suis grand maintenant… Il y a beaucoup de joie cachée dans cette chanson-là au final.»

J’<3 vivre
«Ça parle d’une crise écologique planétaire. Il y a un aspect apocalyptique dans celle-là, même si elle est party. Au départ, l’exercice partait d’un échange de emails entre la chanteuse Björk et le philosophe Timothy Morton. Sa philosophie s’appelle Object Oriented Ontology. Il n’y a pas de hiérarchie dans la matière: une roche a autant sa place qu’Albert Einstein. Le jeu qu’ils faisaient dans leurs échanges, c’était des suites animées: Laptop. Bird. Building. Spoon. Quasar. Frost on a steel railing. L’idée de rassembler plein d’éléments qui appartiennent à des échelles, des formes différentes. J’ai un peu fait ça dans la toune avec Une maladie, un dard d’abeille, une plaque de métal dans ma clavicule. Je voulais mettre toute la planète sur un pied d’égalité.»

Mtl tristesse
«C’est la break-up song. Je l’ai écrite en une demi-heure dans mon lit au milieu de la nuit. Au départ, c’était une chanson folk toute simple et fragile. Le texte de Montréal Tristesse est sûrement le plus à nu du disque. C’était pas une des plus faciles à vivre, mais une des plus faciles à écrire.»

Regrets
«C’est la chanson de lendemain de brosse. Une chanson d’affirmation de soi vis-à-vis de nos moins bons coups, surtout ceux de quand on est décâlissés. Ironiquement, c’est potentiellement la track sur laquelle les gens vont le plus turn up, vu l’esprit NO RAGRETS qui s’en dégage. C’est aussi un peu l’inverse d’un mea culpa, d’assumer ce que tu as fait. Ma toune amour-haine avec le party, Déchiré entre orgie et carême, c’est ça l’image.»

Xoxoxo
«La chanson la plus ‘’touchy’’. Ma mère a même peur que ce soit revendiqué par des activistes pro-vie. C’est également celle dont je suis le plus fier. Je voulais écrire des chansons amorales, qui expriment des choses ‘’au-delà du bien et du mal’’. C’est une chanson sans opinion, une boule de désirs, d’émotions et d’appréhensions: Est-ce qu’on fait comme nos parents si on fait des enfants?. Il y a un abysse entre la relation de loisir ultralégère que moi et ma génération entretenons avec le sexe et la gravité qu’on attribue au fait de faire des enfants. Je voulais rendre ce vertige, chanter en équilibre entre le bandant et le troublant. Mais au-delà de tout ça, Xoxoxo est avant tout une chanson d’amour.»

B**ne F**e
«Elle parle du sentiment de grâce et d’une quête spirituelle. J’y ai mis tout mon désir de transcendance, toutes mes envies de toucher au mystère. Le gâteau d’anniversaire, c’est la nature morte, la prise de conscience de la mortalité. Coincés dans notre corps et dans le temps, on veut toucher à l’au-delà. C’est sublime et cruel. Le but de la musique, pour moi, c’est beaucoup de creuser des brèches de lumière, d’assouvir ce désir que j’ai creux dans la moelle de voir l’au-delà.»

Glu (coule sur moi)
«Au départ, on a choisi Glu pour des raisons esthétiques. C’était ludique et délirant, et bien sûr très 90s. J’ai réalisé un peu tard que c’était un choix extrêmement significatif. Il y a une référence aux fluides corporels dans chaque chanson du disque, propre ou figurée. Larmes, salive, plasma, sang, sperme, mouille, name it. Au final, la raison pour laquelle j’écrivais ça, c’était une manière de s’assumer en tant qu’être imparfait, pulsionnel, qu’animal sauvage en société.» 

La chance
«La chance, on l’a tellement retravaillée. Il y a beaucoup de ses parties qui sont des morceaux de casse-tête qui ne fittaient pas avec les autres. Il y a des gros grooves qui se dansent, des moments tout doux qui se gonflent vers des guitares emogrunge qui vargent. C’est une de mes préférées. La chance résume le disque tout en étant un ovni. C’est celle qui trahit le plus mon obsession pour le 11 septembre. Je l’écrivais en pensant aux gens qui n’étaient pas au bureau cette journée-là. Aux gens qui ont pris l’avion sans savoir. Même dans l’extrême violence ce genre de coïncidences, c’était ça.»

Chimpanzé
«Ce que j’aime de cette toune-là, c’est quasiment une chanson enfantine. Les images sont tellement simples et pures. Le sujet reste immanquablement assez dark, mais toujours sur un ton intentionnellement naïf. C’est la chanson l’fun. Quand je travaille en musique, je prends tellement ça au sérieux que j’oublie d’avoir du fun. Il y a une réponse à Don Juan dans la toune: Du plaisir, du plaisir, c’est bien tout ce que je veux

Ovni
«Sûrement à cause de Billy Talent (rires). Sur le premier album de Billy Talent, toutes les tounes finissent comme ça, avec un effet de surprise sur le dernier accord. J’ai dû internaliser ça parce que c’était mon groupe préféré quand j’étais ado. C’est la toune qui est demeurée, à travers tout le processus de production d’album, la plus classic rock. Le gros solo de guit, chorus, avec de gros accords et même le refrain, J’étais occupé à rater ma vie, faire de la musique avec mes ami(e)s. Aussi, dans la ligne Nelligan, Nelly Arcand, Marie-Mai, outre que ça sonnait bien, c’est une trinité des génies du Québec. Je trouvais ça cool d’avoir Nelligan et Nelly sur le même piédestal, et Marie-Mai, c’est la rock star au Québec pour vrai.»

Glu de Zen Bamboo sur Simone Records est disponible partout.

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